Depuis Chalcédoine jusqu’à la ville de Nicomédie (Ismid), on rencontrait de petits villages tout le long de la rive asiatique de la Propontide. Après avoir doublé le promontoire de Moda Bournou[30], occupé par une partie de Chalcédoine et qui était dans le temps le comptoir phénicien, on se trouve en présence de Kalamick Keurfezi, ancien port d’Eutrope, dont le nom rappelle le vieil eunuque qui succéda à Rufin. La rive méridionale du port est limitée par l’ancien cap Hiéron où s’élève actuellement un phare. C’est un des plus beaux points de vue des environs de Constantinople. Justinien y avait bâti un palais, des bains et des chapelles. Théodora y venait souvent passer l’été, fuyant la vie agitée du cirque et la terreur des grandes séditions.
[30] Dans les couches inférieures de la falaise, on a dernièrement découvert des ustensiles et des objets appartenant aux époques préhistoriques; le Dr Mordtmann les juge semblables aux antiquités découvertes à Chypre. Voici ce que dit à ce sujet le savant docteur: «Il est permis de formuler deux conclusions: d’abord la présence d’une population indigène (Thrace) dans la vallée de Kourbali Dèré où furent récemment trouvés par M. Milliopoulo des ustensiles préhistoriques de l’âge de la pierre polie, et qui sont identiques à ceux découverts par Schliemann à Hissarlik. Cette population doit être contemporaine de celle de Hissarlik; ensuite, l’existence d’un établissement sur le plateau de Moda Bournou à l’époque égéenne où se faisaient les échanges commerciaux avec les étrangers arrivant par mer.»
Ce comptoir existait encore au IXe siècle, lorsque les premiers colons mégariens apportèrent le culte dorien d’Apollon. Une preuve de plus de l’existence d’une peuplade préhistorique sur la côte asiatique résulte de ce fait que nous-mêmes avons constaté récemment sur le promontoire de Maltépe des vestiges de cette époque, rappelant un tumulus. Les fouilles que nous allons incessamment y entreprendre en préciseront sans doute l’origine.
Pl. 13.
Église de Sainte-Irène.
Sur l’extrême hauteur du mont de Kaïch Dag, était bâti un monastère; on y découvre aujourd’hui, quand on fouille le sol, des mosaïques qui en proviennent.
Là encore se trouvait la station de télégraphie optique. Cette station communiquait jusqu’à la frontière par l’intermédiaire de postes situés sur les points les plus élevés des montagnes. Dès que l’ennemi était en vue, on allumait de grands feux sur le poste le plus voisin, et chacun des autres, répétant à son tour le signal, transmettait la nouvelle jusqu’à la station, établie dans le jardin du Palais impérial byzantin.
Le Grand Palais correspondait ainsi, par des signaux et des feux, avec toutes les provinces de l’empire. Les restes du phare employé à cet effet, et qui portait le nom de Kontoscopium, ont été retrouvés par M. Paspati dans l’enceinte du Grand Palais, au milieu d’une agglomération de maisons turques. Un corps spécial, militairement organisé, montait la garde dans ce monument dont l’importance était très grande pour la sécurité de l’Empereur. Cela n’empêcha pas Michel III, surnommé l’ivrogne, qui était passionné pour les jeux du cirque, de supprimer tous les signaux, parce qu’un jour, pendant les jeux, un signal ayant annoncé l’ennemi, l’esprit du peuple en avait été troublé et le plaisir de l’Empereur compromis.