Les mosaïques de Kahrié-Djami font l’objet de longues discussions entre les byzantinologues. Plusieurs d’entre eux ont voulu démontrer que la plus grande partie de ces mosaïques appartenait au XIIe siècle. D’après M. Kondakof, qui a une grande autorité en la matière, ce sont seulement les fresques du Parekklesion et les mosaïques représentant les saints Pierre et Paul, le Christ fondateur, la décoration du second narthex, qui appartiennent au temps de Métochite, c’est-à-dire au XIVe siècle. Tout le reste daterait du XIIe siècle. «Mais si haute que soit l’autorité du savant qui a proposé cette thèse, dit M. Diehl, il ne paraît point que ses arguments suffisent à l’établir. La différence de coloris, sur laquelle il s’appuie pour distinguer deux époques, tient tout simplement à l’insuffisant nettoyage qui a laissé subsister un ton grisâtre sur certaines mosaïques.»
Pl. 22.
Il est vrai que l’ordre dans lequel se succèdent les épisodes, le système de l’ornementation, la manière de représenter les personnages et la tonalité des couleurs prouvent que ces compositions sont l’œuvre d’un même art appartenant à une même époque. D’un autre côté, il n’y a aucune ressemblance entre les mêmes sujets représentés par les œuvres authentiques du XIIe siècle et les mosaïques de Chora. Donc il est plus juste de les attribuer au XIVe siècle.
Une des causes de la discussion soulevée sur l’origine de ces mosaïques, est que l’Occident, voulant s’approprier l’honneur de ces travaux, véritables chefs-d’œuvre, les attribua d’abord aux primitifs italiens et surtout à Giotto, qui vivait justement à l’époque où ces mosaïques furent exécutées. Mais au XIVe siècle, il y avait déjà à Byzance des œuvres authentiques qui témoignent suffisamment de la capacité des artistes byzantins de ce temps.
«S’il y a eu contact entre les deux civilisations, continue M. Diehl, ce n’est point la renaissance de l’époque des Paléologues qui ne doit rien à l’Occident; c’est plutôt l’Italie qui devrait quelque chose à l’évolution qui s’accomplit alors dans l’art byzantin.»
Les mosaïques de Chora sont certainement des œuvres de la dernière renaissance de l’art byzantin.
ÉGLISE DES BLAQUERNES
Après la grande église de Sainte-Sophie, aucun édifice religieux ne tient une si grande place dans l’histoire byzantine que celui de la Vierge des Blaquernes. Cette église était la chapelle de l’Empereur. C’est là qu’était conservée la sainte image protectrice de Byzance, qui avait miraculeusement repoussé, à maintes reprises, les ennemis de la capitale. Les Latins transformèrent cette église en une église latine, et en enlevèrent plusieurs reliques qui, aujourd’hui encore, font partie du trésor de Venise.
Avant la conquête turque, sous le règne de Jean V Paléologue, un immense incendie la détruisit, ce qui, dit l’historien Phrantzès, fut considéré comme un sinistre présage. Quatre-vingts ans après la chute de la ville, Gyllius vit les ruines de l’église encore debout. Il n’en reste rien aujourd’hui que la source sainte, l’ayasma, abritée sous un misérable toit. C’est là que trois fois par an le Basileus allait, après les cérémonies d’usage, se plonger dans la piscine.