Septime-Sévère, dans sa lutte contre Pescennius Niger, mit le siège devant Byzance. Ce siège qui resta mémorable dans l’histoire, dura trois années. Les assiégés, réduits à la famine, se nourrissaient de rats, de chats et même de la chair des morts. Les femmes coupèrent leurs cheveux pour que l’on en fit des cordes à arc. Malgré ses murailles imprenables, la ville céda pourtant aux horreurs de la famine et se rendit. Septime fit mettre à mort les défenseurs et retira à Byzance le droit de cité pour la punir d’avoir soutenu son rival; il fit raser ses murailles, sans songer qu’il ruinait ainsi le plus fort rempart de l’Empire contre les Barbares de l’Asie.
Pourtant Septime se repentit bientôt d’avoir détruit Byzance, et sur les prières de son fils Caracalla, se décida à la restaurer. On éleva dans la ville des bains, des portiques, des palais. En ce temps-là, Byzance s’appelait Antonion, nom qui lui venait d’Antonin, père adoptif de Marc-Aurèle[6].
[6] Le musée de Constantinople possède des fragments de briques portant l’inscription d’Antoninia.
Entre tous les empereurs romains qui s’efforcèrent d’effacer les traces des ravages dont Byzance avait souffert, et qui cherchèrent à relever la ville de ses ruines, Constantin le Grand fut celui qui parvint à lui donner la splendeur rêvée par ses prédécesseurs. Resté seul maître de l’Orient et de l’Occident, Constantin accorda aux chrétiens la liberté religieuse, tout en évitant de persécuter les païens. Il réunit le premier concile de Nicée (Isnik) où l’hérésie d’Arius fut condamnée et le repos du dimanche proclamé obligatoire.
Mais avec le gouvernement de Constantin s’accentue le régime monarchique et despotique, jadis contrebalancé par les anciennes institutions de Rome, qui gênaient souvent l’action de l’empereur.
Constantin, sur les accusations calomnieuses de sa seconde femme, Fausta, fille de Maximien, avait ordonné la mort de son propre fils Crispus, né d’une première femme, et celle de Licinius, jeune enfant de douze ans, fils de sa sœur. Ses propres remords et la vive douleur de sa mère Hélène l’éclairèrent sur la faute qu’il avait commise; il découvrit alors les calomnies de Fausta, et la condamna à périr noyée dans un bain d’eau bouillante.
Beaucoup d’autres personnages de la cour subirent le même genre de supplice. Une grande terreur régna dans le peuple, qui redoutait de voir réapparaître l’ancienne tyrannie. Tous ces événements devaient hâter l’exécution d’un projet que l’Empereur caressait depuis quelque temps: la création d’une nouvelle capitale. Les tentatives continuelles des Barbares sur les frontières, tentatives que l’on ne pouvait facilement surveiller de Rome, rendaient nécessaire la création de cette capitale. D’autre part, l’Église catholique ayant, malgré tous les efforts des empereurs romains, établi son siège à Rome, il n’y avait, pour ainsi dire, plus de place dans cette ville pour la Majesté Impériale. C’est surtout cette dernière raison qui détermina Constantin à fonder une nouvelle capitale; depuis le règne de Caracalla d’ailleurs, les empereurs romains avaient la coutume d’établir leur résidence où bon leur semblait.
La nouvelle capitale devait répondre à de nombreuses exigences. Il la fallait assez éloignée pour qu’elle fût à l’écart des événements intérieurs de l’empire romain, et qu’elle fût cependant abritée contre les invasions des Barbares.
L’empereur, désireux de réaliser les vœux des Romains, choisit d’abord l’emplacement de l’ancienne Ilion, patrie des premiers fondateurs de Rome et que son peuple avait maintes fois essayé de réédifier. Toutefois les Romains, opposés à ce que l’Empereur y fixât sa résidence au détriment de Rome, témoignèrent leur mécontentement. C’est pourquoi Constantin décida de ne pas reconstruire l’ancienne ville et choisit Byzance qui, par sa situation privilégiée, son commerce, la fertilité de son sol, ses pêcheries abondantes, répondait à toutes les exigences d’une capitale.
Byzance, avec ses sept collines, ressemblait beaucoup à Rome. L’Empereur fit élever des murailles autour de cinq collines; puis, à l’intérieur, il bâtit des palais, des églises, des thermes, des aqueducs, des fontaines, un forum, un augustéon, deux grands édifices pour le Sénat, deux palais pour le trésor, et une rue principale, ornée de portiques, qu’on appela la Mésè. Toutes ces constructions coûtèrent des sommes énormes à l’Empire, et comme elles avaient été faites à la hâte, on eut beaucoup de peine par la suite à empêcher leur écroulement.