Vous me direz: La conscience!…
Je n'y contredis point. La conscience n'est pas un vain mot. J'ai une conscience, vous avez une conscience; nous avons tous une conscience. Les bêtes seules n'en ont pas.
La conscience! Voilà un terme très positif; il n'offre rien de vague, il comporte une suite d'obligations, de devoirs, de responsabilités. C'est un des plus beaux mots du langage humain.
Mais encore faut-il s'entendre.
Où reportez-vous la conscience?
Quelle est son essence?
Ou—pour mieux dire—quelles sont ses lois?
Votre conscience diffère peut-être de la mienne; vous pourriez alors vous tromper. Si vous ne conservez point pour base de tous vos jugements une règle certaine,—invariable, au moins immédiatement avant et immédiatement après que vous jugez,—vous vous exposez à de continuelles erreurs, vous ne parvenez à rien d'absolu.
Il y a la conscience des chrétiens, la conscience des musulmans, la conscience des mormons, la conscience des guerriers anthropophages de Boulou-Pari. Il y a la morale qu'un homme crée lui-même, qu'il puise dans ses réflexions, dans son expérience; et il y a la conscience recueillie dans les leçons de l'enfance, reçue toute faite, et qui appartient au bagage scolaire de tout bachelier dûment diplômé. Il y a la conscience des hommes et la conscience des femmes, fort dissemblables, l'homme prononçant le plus souvent selon son intérêt et la femme selon sa passion. Il y a la conscience implacable et celle ouverte aux circonstances atténuantes. Qu'était Robespierre? Une conscience, mais terrible. Qu'était Vincent de Paul? Une conscience, mais charitable. Un sculpteur représentera-t-il la Conscience impassible, austère, le bras levé pour le châtiment—ou douce, souriante, la main tendue en signe de pardon?
Que d'images diverses! Que de sujets à erreurs!