Dans ces conditions, tout homme soucieux de son repos—le repos est le seul bonheur qui vaille d'être acheté—doit subordonner sa conscience aux réalités de la loi. Ainsi, tout péril est d'avance évité; on ne se trompe plus, on marche dans la vie avec certitude, d'un pied ferme, en s'appuyant sur une conscience savante qui a tout prévu et qui punit tout.
Cette conscience ne vous dit pas seulement:
«Le vol est un crime, le meurtre est un crime, l'adultère est un crime, le faux est un crime.»
Elle va plus loin. Elle ajoute:
«Si tu voles, tu seras puni de telles peines; si tu tues, si tu prends la femme d'autrui, si tu deviens faussaire, de telle et de telle autre peine.»
Rien d'imprévu, aucun tâtonnement. Les responsabilités sont définies et mesurées. La justice—à l'abri des caprices engendrés par la différence des tempéraments et par la mobilité des impressions—a pesé d'avance chaque faute en lui assignant son étiage dans l'échelle des châtiments. Notons encore que, dans ce cas, les jugements de la conscience ne sont point perdus, qu'ils entraînent des faits qui les consacrent. Si tel individu mérite la perte de sa liberté, il est emprisonné pendant un laps de temps calculé selon la gravité de sa faute. S'il a mérité la mort, la conscience publique—on dit «la conscience publique» parce qu'elle est précisément la conscience de tous—la conscience publique reçoit immédiatement satisfaction. En aucun cas, elle ne laissera volontairement échapper le coupable. Elle est en ceci supérieure aux consciences relatives, inspirées des églises ou des philosophies, et qui permettent aux scélérats de mourir en repos, avec des respects inclinés autour de leur lit de mort—ce qui constitue un dangereux exemple autant qu'un scandaleux spectacle.
Ceci posé, j'avoue—je ne l'ai jamais nié d'ailleurs—avoir violé la loi en commettant le délit d'adultère—ce n'est qu'un délit—de complicité avec Henriette.
Nul ne le sait, mais ma conscience me le reproche, et j'écoute attentivement cette voix intérieure.
Je suis coupable et je sais dans quelle mesure. Je me juge sévèrement.
Pourquoi? Parce qu'il le faut, parce que je suis homme.
Examinons.