J'ai transgressé la loi en commettant un adultère—évidemment. Je dois me le reprocher, mais je ne peux véritablement me reprocher que cela. Les circonstances accessoires restent accessoires, le fait seul vaut d'être examiné.

Félicien est mort; c'est un malheur! Mais rien ne montre un lien entre cette mort et ma faute. Un médecin a été mandé qui a expliqué la mort par une attaque d'apoplexie foudroyante. Voilà la vérité, la seule vérité.

Il ne manquent pas de gens capables d'en imaginer une autre, de rechercher par exemple si une brutale surprise, un chagrin trop violent pour les forces humaines n'aurait pas amené chez Félicien une congestion mortelle. Cherchons, comparons, rendons-nous compte, à la fin! Il ne se passe pas de jour qu'un mari ne surprenne sa femme en flagrant délit d'adultère—je parle seulement de ceux qui n'ont pas honte de faire constater la chose par un commissaire de police. Combien parmi ces maris éprouvés sont morts au spectacle de leur infortune? Aucun. On n'en cite pas un seul. Mais ceux-là, m'objectera-t-on, avaient pu se préparer à l'irritante apparition; ils avaient soupçonné, épié, découvert. Soit, prenons les autres. Prenons le mari classique, celui qui a manqué le train du soir ou qui revient de voyage sans avoir prévenu. Meurt-il? Non. Jamais. S'il a une arme, il tue; s'il n'en a pas, il crie. Mais on n'en a pas encore rencontré un seul qui soit tombé foudroyé.

Félicien souffrait d'une prédisposition à l'apoplexie. Il avait le cou court, la face souvent empourprée; l'habitude de rester assis pendant plusieurs heures par jour devant sa table de travail l'avait rendu épais et sanguin. Il devait finir comme il a fini. Un peu plus tôt, un peu plus tard, on n'échappe pas aux fatalités de son tempérament. Je puis donc parler librement de cette mort, car elle ne pèse pas sur ma conscience. Nul ne parviendrait à prouver, même après avoir lu cette loyale confession, que la terrible scène du soir ait été pour quelque chose dans cette fin tragique. Si, par une témérité du parquet, j'avais à répondre devant la justice du décès de Félicien, il n'y aurait qu'une voix parmi les jurés et les membres de la cour pour me renvoyer indemne de toute accusation. Il n'y a eu ni empoisonnement, ni meurtre, ni violences, mais seulement un phénomène bien connu des médecins. Au moment où il a succombé, Félicien se trouvait seul dans son cabinet de travail, après une journée assez agitée. Il ne faut pas oublier qu'il venait d'être nommé grand-officier de la Légion d'honneur, qu'il avait bien dîné, bu peut-être un peu plus qu'à l'ordinaire; ajoutez qu'en sortant de son appartement il s'était promené dans les rues par une soirée assez froide. Il n'en faut pas davantage pour amener une révolution dans l'organisme, alors surtout que la digestion n'est pas achevée.

Tous les médecins vous diront cela.

Reste le fait d'adultère.

Oh! pour celui-là, je ne le nie pas?

Mais quel est le châtiment de l'adultère!

Trois mois de prison, ni plus ni moins. J'ai mérité trois mois de prison.

Et j'irais me forger des chimères, me créer des épouvantes, harceler ma pensée, frissonner, trembler, suer la pour—pour cent malheureuses journées d'emprisonnement!