En l'an 1880
Cette fontaine fut édifiée
Sous la magistrature municipale

DE M. GÉDÉON PRÉGAMAIN

Le pont neuf jeté sur le torrent du Gapeau portait une inscription analogue. Au delà même de la commune de Lathuile, Gédéon trouva moyen de faire graver son nom dans le marbre ou l'airain. Ayant conquis la commune, il s'agissait de conquérir le canton et, sans abandonner la mairie de Lathuile, d'arriver au conseil général.

Par un bonheur providentiel, le siège devint vacant, le titulaire s'étant retiré après fortune faite. Depuis longtemps Gédéon avait disposé ses batteries, tenu conseil avec le sous-préfet, gagné l'influence des chefs de parti. Sa candidature n'étonna personne.

Mais, cette fois, il importait de prendre une attitude.

Laquelle? Toute la question était là.

Pour enlever les suffrages des gens de Lathuile, point n'avait été besoin d'écrire un programme ou de prononcer un discours. Les voisins de l'établissement thermal n'avaient point désiré connaître la couleur du candidat, s'il était bleu, blanc ou rouge, s'il regrettait Louis-Philippe, Henri V ou Napoléon III. On avait voté pour le propriétaire du grand château, pour le bienfaiteur du pays.

Mais les conseils généraux peuvent avoir à remplir un rôle politique. Dans le cas d'une dissolution des Assemblées législatives par la force, ils s'assemblent immédiatement, sans décret de convocation, et s'emparent, à titre temporaire, de l'administration du pays. Assurément cette extrémité demeure exceptionnelle, mais elle est écrite dans la loi organique.

Force fut donc à Prégamain de sortir son drapeau.

Il y songea pendant huit jours, rôdant autour des hommes et des idées qui avaient gouverné la France, étudiant les lois, consultant l'histoire, fouillant les pamphlétaires et les commentateurs, agitant le pour et le contre, cherchant à discerner parmi les opinions l'opinion en faveur, parmi les partis le parti d'avenir.