Dans les salons où il fut accueilli, l'élu de Sisteron rencontra force gens aimables, assidus à lui sourire; mais, corrompu par l'obséquiosité des électeurs de Lathuile il trouva les sourires insuffisants. Souvent même, il lui arriva de soupçonner chez ses interlocuteurs une intention malicieuse. On lui parlait trop de sa source et pas assez de sa carrière; trop de son eau et pas assez de lui-même. A chaque présentation, la même phrase lui était invariablement adressée: —Monsieur Prégamain… Ah! oui, je sais… nom très connu; parfaitement, parfaitement.
Il lui fallait répondre avec modestie, s'incliner, baisser les yeux, prendre un air satisfait; au fond il enrageait. Souvent il écoutait à la dérobée des gens à qui il venait d'entendre prononcer son nom.
—C'est M. Prégamain, disait-on.
—Quel Prégamain? Où prenez-vous Prégamain?
—Le député.
—Ah!… Connais pas.
—Mais si, vous ne connaissez que cela: l'eau Prégamain…
—Bon, j'y suis!… C'est le monsieur qui vend cette eau qui… Il a bien une tête à ça!…
Mais Gédéon était vraiment fort. La première émotion passée, il relevait la tête.
—Patience! disait-il, patience! Dédaignons ces manifestations de l'envie. Ces gens me jalousent et s'épuisent en méchantes ironies. Patience! Qu'ils jouissent en paix de leur reste. Bientôt la session commencera, bientôt j'apparaîtrai à la tribune nationale, bientôt j'imposerai silence à cette meute impuissante…