«21 juin.
»J'ai reçu de M. Andral, mon cher Giambone, une lettre de vous dont je vous remercie. Vous me rapprenez Paris, que j'avais complétement oublié.
»Je lis à peine les journaux; je travaille et je me promène.
»Dans l'automne, je me promènerai, mais je ne travaillerai plus.
»Le mois de juin passé, je m'abandonne à toutes les pertes de temps que l'on veut...»
Et même après le mois de juin, dans une autre lettre du 31 juillet:
«Notre vie ici (à Valençay) est fort ordonnée, ce qui rend les jours fort courts. On se trouve à la fin de la journée, sans avoir eu un moment de langueur.
»Ce matin, nos lectures du salon ont été interrompues par l'arrivée d'un loup, que les gardes venaient de tuer. C'est un gros événement pour la journée.
»Je travaille chaque jour plusieurs heures, et je me porte fort bien...»
Que seront ces Mémoires si attendus, si désirés? Aura-t-il menti tout à fait? Non pas, il aura dit une partie de la vérité. Comme le meilleur des panégyristes et le plus habile, sans avoir l'air d'y toucher, il aura montré, de tout, le côté décent, présentable, acceptable; il aura fait là ce qu'il faisait quand il se racontait lui-même, ne disant qu'une moitié des choses. S'il a su être agréable dans ses Mémoires, et si, en écrivant comme en causant, il réussit à plaire, il aura bien des chances de regagner en partie sa cause et de se relever, même devant la postérité. Le succès dépendra aussi du jugement et de l'opinion qui prévaudront alors sur le maître tout-puissant qu'il a servi et abandonné. Si les Mémoires tombent dans une veine et un courant de réaction peu napoléonienne, ils pourraient bien être portés aux nues. C'est aux exécuteurs testamentaires, aux éditeurs désignés, s'ils sont libres, de bien flairer le moment et d'imiter leur auteur en saisissant l'à-propos.