»J'aurais bien envie de connaître cette correspondance dont vous me citez des mots intéressants. Où est-elle? où l'avez-vous lue?[50].
»Tout à vous, mon cher ami,
»Sainte-Beuve.»
Dans une autre lettre à M. le comte A. de Circourt, qui lui a de tout temps témoigné la plus vive sympathie, M. Sainte-Beuve écrivait, après la publication complète de ses articles dans le Temps:
«(Ce 12 mars 1869.)—Cher monsieur, votre suffrage m'est toujours précieux, et il me l'est cette fois plus encore, s'il est possible, qu'en d'autres circonstances, eu égard à la qualité du sujet sur lequel, à tous les titres, vous êtes un juge si compétent. Ce Talleyrand a eu bien de la peine à passer au gosier de certaines gens du monde: il y a eu des arêtes: nous sommes un peuple si réellement léger, si engoué de ses hommes, si à la merci des jugements de société, que l'histoire, pour commencer à se constituer, a souvent besoin de nous arriver par l'étranger...»
Et dans une note détachée et inédite, que je retrouve dans le dossier, il disait:
«J'ai écrit de bien longs articles, et pourtant ils sont des plus abrégés et des plus incomplets, je le sens, sur un tel sujet. Ce ne sont pas des articles, ce n'est pas un Essai qu'il faudrait faire sur Talleyrand,—c'est tout un livre, un ouvrage, et on attendra, pour l'écrire, que ses Mémoires, base essentielle bien que nécessairement contestable, aient paru.»
De son côté, sir Henry Bulwer, dans une lettre de remercîment à M. Sainte-Beuve, avait défini ainsi lui-même ce qu'il avait voulu faire en écrivant un volume d'Essai sur Talleyrand:
«L'idée que j'avais, dit sir Henry Bulwer, c'était de montrer le côté sérieux et sensé du caractère de cet homme du dix-huitième siècle, sans faire du tort à son esprit ou trop louer son honnêteté.»