[11] Commentaires de Napoléon 1er, tome IV, page 11, édition de 1867.

[12] Montrond avait accompagné Talleyrand à Saint-Cloud dans la journée du 19, et lui avait servi d'aide de camp. Il avait vu pâlir Bonaparte au moment où on lui apprit qu'il venait d'être mis hors la loi. Ce moment de faiblesse le frappa, et, à dîner et pendant toute la soirée, il ne cessait de répéter entre ses dents: «Général Bonaparte, cela n'est pas correct.» Montrond était plus aguerri pour certaines choses que Napoléon lui-même: c'était un Talleyrand à cheval. (Voir Œuvres du comte Rœderer, tome III, page 302.)

[13] On a attribué ce mot à Fouché, et il lui ressemble en effet. Ces mots historiques voyagent jusqu'à ce qu'ils aient trouvé, pour les endosser, le nom auquel ils conviennent le mieux. On m'assure que le mot a été dit en réalité par Boulay (de la Meurthe). Dudon, qui était alors auditeur au Conseil d'Etat, certifiait l'avoir entendu de sa bouche.

[14] Le rôle de Talleyrand dans cette affaire du duc d'Enghien mérite d'être examiné à part et de près: c'est ce que je ferai ultérieurement.

[15] Mémorial de Gouverneur-Morris, traduit par A. Gandais, tome III, page 109.

[16] Mémoires du comte de Senfft; Leipzig, 1863, p. 62.

[17] Il semble qu'il soit fait allusion à cette scène de 1814 dans un mot de Napoléon à M. Mollien, au commencement des Cent-Jours. M. Mollien, très-bienveillant à M. de Talleyrand, et en général très-circonspect dans ses Mémoires sur tout ce qui touche aux personnes, raconte qu'il arriva plus d'une fois à Napoléon, dans ses entretiens, de regretter la présence de Talleyrand pendant les Cent-Jours. Il disait de lui: «C'est encore l'homme qui connaît le mieux ce siècle et le monde, les cabinets et les peuples. Il m'a quitté; je l'avais assez brusquement quitté moi-même; il s'est souvenu de mes adieux de 1814.» (Mémoires d'un Ministre du Trésor public, tome IV, page 200.)

[18] Le témoignage le plus curieux et le plus précis à cet égard est celui de Rœderer racontant une conversation qu'il eut avec Napoléon, à l'Élysée, le 6 mars 1809. Le sujet de la conversation était le roi Joseph qui, de Madrid, se plaignait de son frère, se prétendait contrecarré en tout, voulait faire le militaire, être roi indépendant, et, dans des lettres à la reine sa femme et à l'empereur, menaçait par dégoût, si on ne lui laissait pleins pouvoirs, de rentrer dans la vie privée et de revenir planter ses choux à Morfontaine. Napoléon, dans ce tête-à-tête avec Rœderer, se promenant de long en large, s'animait par degrés, et, parlant du contenu de ces lettres: «Il y dit qu'il veut aller à Morfontaine, plutôt que de rester dans un pays acheté par du sang injustement répandu... Et qu'est-ce donc que Morfontaine? C'est le prix du sang que j'ai versé en Italie. Le tient-il de son père? le tient-il de ses travaux? Il le tient de moi. Oui, j'ai versé du sang, mais c'est le sang de mes ennemis, des ennemis de la France. Lui convient-il de parler leur langage? Veut-il faire comme Talleyrand? Je l'ai couvert d'honneurs, de richesses, de diamants. Il a employé tout cela contre moi. Il m'a trahi autant qu'il le pouvait, à la première occasion qu'il a eue de le faire... Il a dit, pendant mon absence (pendant la campagne d'Espagne), qu'il s'était mis à mes genoux pour empêcher l'affaire d'Espagne, et il me tourmentait depuis deux ans pour l'entreprendre! Il soutenait qu'il ne me faudrait que vingt mille hommes: il m'a donné vingt mémoires pour le prouver. C'est la même conduite que pour l'affaire du duc d'Enghien; moi, je ne le connaissais pas; c'est Talleyrand qui me l'a fait connaître. (L'empereur prononce toujours Taillerand.) Je ne savais pas où il était. (L'empereur s'arrête devant moi.) C'est lui qui m'a fait connaître l'endroit où il était, et, après m'avoir conseillé sa mort, il en a gémi avec toutes ses connaissances... (L'empereur se remet à marcher, et, d'un ton calme, après un moment de silence.) Je ne lui ferai aucun mal; je lui conserve ses places; j'ai même pour lui les sentiments que j'ai eus autrefois; mais je lui ai retiré le droit d'entrer à toute heure dans mon cabinet. Jamais il n'aura d'entretien particulier avec moi; il ne pourra plus dire qu'il m'a conseillé ou déconseillé une chose ou une autre...»—Ce jugement de Napoléon, tout à huis clos, où il n'entre aucun emportement, où Talleyrand ne vient que comme incident et par manière d'exemple, doit être la vérité. C'est décisif.

[19] Au tome XXIII, page 200, de la Correspondance de Napoléon 1er.

[20] Un banquier, général dans la garde nationale.