[21] Ces quatorze bonnets superposés ne sont pas tout à fait une plaisanterie de l'abbé de Pradt. La manière de dormir de M. de Talleyrand était très-particulière, comme d'autres articles de son hygiène et de son régime. On lui faisait son lit avec un creux profond au milieu, se relevant ensuite aux pieds et à la tête, et sa façon d'être couché était presque encore de se tenir sur son séant. Il croyait ainsi se prémunir contre l'apoplexie, et les nombreux bonnets de nuit pouvaient aussi lui servir de bourrelet en cas de chute nocturne.
[22] Voir aussi le très-judicieux portrait de M. de Talleyrand, comme l'un des ministres du cabinet du 13 mai 1814, dans l'Histoire du Gouvernement Parlementaire en France, par M. Duvergier de Hauranne, tome II, page 196, et aussi tome III, pages 105, 239 et 246.
[23] Chateaubriand, dans ses Mémoires, en dit quelque chose. De Perray, qui avait accompagné M. de Talleyrand à Vienne, et qui avait été témoin des engagements contractés à prix d'argent, fut ensuite dépêché à Naples par M. de Talleyrand, prêt à rentrer en France, et de Mons même (juin 1815), pour hâter le payement des six millions promis. On faisait des difficultés, parce que Talleyrand n'avait, paraît-il, traité avec Ferdinand que déjà assuré de la décision du congrès qui rétablissait les Bourbons de Naples. Bref, de Perray rapporta les six millions en traites sur la maison Baring, de Londres. Talleyrand l'embrassa de joie, à son arrivée. Cependant, de Perray, à qui il avait été alloué 1,500 francs pour ses frais de voyage, en avait dépensé 2,000: il en fut pour 500 francs de retour, mais il eut l'embrassade du prince. Il y avait, de plus, gagné une décoration de l'ordre de Saint-Ferdinand, qui se portait au cou. M. de Talleyrand, quand il la lui vit, s'en montra mécontent, parce que cela affichait le voyage.
[24] Gaëtan, marquis de la Rochefoucauld, celui qui avait composé des fables à douze ans et qui, les faisant imprimer, disait, pour s'excuser de s'être rencontré dans un sujet avec le grand fabuliste, qu'il n'avait lu que depuis «les Fables de M. de la Fontaine.» Il n'a cessé d'écrire jusque dans ses dernières années, faisant imprimer à ses frais ses élucubrations, et se posant en candidat perpétuel à l'Académie française. Tout le monde, et sa famille toute la première, souriait de lui.
[25] Jeurs par Étréchy (Seine-et-Oise), résidence d'été de Mme la comtesse Mollien, à laquelle ces lettres étaient adressées.
[26] Cette affaire Maubreuil, dont Talleyrand va parler si négligemment et d'un air d'indifférence, s'était terriblement réveillée en 1827. Maubreuil, échappant à la surveillance, s'était rendu le 20 janvier à Saint-Denis pendant la célébration de l'anniversaire, et, là, en pleine solennité, il avait frappé M. de Talleyrand au visage et l'avait renversé par terre. Il fut traduit pour ce fait en police correctionnelle, et la cour royale confirma le 15 juin les jugements précédemment rendus. On ne se douterait certes pas, en lisant ce passage tout placide de la lettre de M. de Talleyrand, qu'il s'agit d'une affaire si récente et si chaude.
[27] Je mettrai encore cette lettre qui est adressée à la même personne et qui se rapporte au même temps. La date en est suffisamment indiquée par celle de la convention diplomatique qui fut signée à Londres entre la France, la Russie et l'Angleterre, en faveur de la Grèce, le 6 juillet 1827. M. de Talleyrand écrivait peu après:
«19.
»J'ai été trop bien à Jeurs pour vous en remercier et pour que vous ne l'ayez pas vu.—Voici l'ouvrage de M. Thierry. Vous le lirez avec plaisir.—Paris est sans nouvelles.—On s'y plaint un peu de la publication des articles secrets du traité signé par les trois puissances qui interviennent un peu dans les affaires de la Grèce.—C'est pour nous autres, vieux diplomates, qu'il est singulier de voir dans les journaux les articles secrets d'un traité qui porte la clause de deux mois pour les ratifications; du reste, ce traité-là ne sera pas d'un grand secours pour les Grecs; ce qui les aidera véritablement, c'est l'insurrection de la Dalmatie, si, comme je le crois, elle est générale dans cet inattaquable pays. Alors, les Turcs auront plus d'affaires qu'ils ne peuvent.—Voilà la petite politique de mon quartier.—Mandez-moi quand vous allez à Étioles.—M. Mollien est d'une nature si bienveillante, si indulgente, que je ne sais pas, quoiqu'il me l'ait dit, s'il a été content de la réponse qu'il a reçue de M. Paravey—Adieu.—Mille tendres hommages.—Comment va la pêche?—On persécute M. de Fitz-James pour accepter l'ambassade de Madrid.—J'ai envoyé Thierry chez vous pour qu'on vous l'envoie par quelque occasion.»
M. de Talleyrand, en parlant des Grecs, comptait sans Navarin.