Note 15:[ (retour) ] Article sur Bonaventure des Periers (Revue des Deux Mondes, 1er novembre 1839).

Collige, virgo, rosas, dum flos novus et nova pubes,

Et memor esto aevum sic properare tuum.

La rosée ajoutée aux roses par le vieux poëte français est une grâce de plus, que la rime seule peut-être lui a suggérée. Bonaventure des Periers était moins heureux tout à côté, lorsque, essayant de traduire en vers blancs la première satire d'Horace: Qui fit, Moecenas..., il disait, en la dédiant à son ami Pierre de Bourg: «D'où vient cela, mon amy Pierre, que jamais nul ne se contente de son estat?» L'imitation de l'antique, au XVIe siècle, ne saurait durer bien longtemps sans détonner; et, bon gré mal gré, on se reprend à dire avec Voltaire: «Nous ne sommes que des violons de village auprès des anciens.»

Revenons à nos poésies. La protectrice de Bonaventure des Periers, la reine de Navarre, y tient une grande place. A tout instant elle adresse épîtres ou rondeaux à son frère, et celui-ci lui répond. Le talent de l'illustre soeur est incomparablement d'un autre ordre que celui du roi, et, chaque fois que c'est elle qui prend la plume, le lecteur le sent à la fermeté du ton et à une certaine élévation de pensée. Il ne faut pourtant pas s'attendre, même de sa part, à une délicatesse de goût qui n'existait pas alors, ni à une longue suite de bons vers, tels qu'il n'était donné d'en produire, à cette date, qu'à la seule veine fluide de Marot. Écrivant au roi pendant une grossesse, Marguerite débutera en ces mots:

Le groz ventre trop pesant et massif

Ne veult souffrir au vray le cueur naïf

Vous obeyr, complaire et satisfaire...

Dans les désastres et les rudes épreuves qu'eut à supporter son frère, elle le comparera tantôt à Énéas et tantôt à Jésus-Christ, de même qu'elle s'écriera, cri parlant de Madame d'Angoulême, leur mère, qui est restée courageusement au timon de l'État:

À-t-elle eu peur de mal, de mort, de guerre,