Note 31:[ (retour) ] Lettre du 6 juin 1646.
Note 32:[ (retour) ] Lettre du 24 août 1646.
Note 33:[ (retour) ] Il servait encore en 1664, et il fit partie de l'expédition navale contre les pirates de Barbarie, laquelle, après un assez brillant début, eut une triste fin. Dans la Gazette extraordinaire du 28 août 1664, qui annonce la prise de la ville et du port de Gigèrie en Barbarie par les armées du Roy, sous le commandement du duc de Beaufort, général de Sa Majesté en Afrique, le chevalier a l'honneur d'être mentionné. Après le détail du débarquement et de la prise de la place, on y lit que, le lendemain, les Maures, qui s'étaient retirés sur les hauteurs, vinrent assaillir une garde avancée; le duc de Beaufort, accouru au bruit de l'escarmouche, s'étant mis à la tête des Gardes, et le comte de Gadagne à la tête de Malte, repoussèrent vertement les assaillants: «Tous les officiers des Gardes qui étoient en ce poste, dit le bulletin, et ceux qui survinrent, tant de leur corps que de celui de Malle, s'y comportèrent très-dignement... Les chevaliers de Méré et de Chastenay y furent blessés des premiers. «On pourrait conjecturer, d'après la teneur de ce bulletin, que M. de Méré était chevalier de Malte et servait sur les galères de l'Ordre.
Note 34:[ (retour) ] Lettre 128e.
«Vous m'écrivez de temps en temps de ces lettres qu'on lit agréablement, et surtout quand on a le goût bon; mais elles coûtent toujours beaucoup, et je ne crois pas qu'on en puisse faire plus de deux en un jour. Balzac me dit une fois qu'avant que d'être content d'un certain billet au maire d'Angoulême, il y avoit passé plus de quatre matinées. Je ne trouve pourtant rien dans ce billet ni de beau ni de rare, et plus je le considère, moins j'en fais de cas. Voiture se plaignoit aussi de la peine que lui avoit donnée la lettre de la carpe, et, sans mentir, il en étoit à plaindre[35].»
Mais Voiture, quoi qu'il en dise, avait l'à-propos, la rapidité, le don du moment; ce qui n'empêche pas aujourd'hui les Lettres du chevalier d'être bien plus intéressantes et plus instructives pour nous que les siennes.
Les Lettres du chevalier, en effet, abondent en particularités qui touchent à la fois à l'histoire de la langue et à celle des moeurs, et qui nous y font pénétrer. Littérairement, elles sont antérieures à la révolution que fit Mme de Sévigné dans ce genre jusque-là si peu familier. Après Balzac, après Voiture, qui sont des épistolaires de profession, la charmante mère de Mme de Grignan sait être parfaitement naturelle et obéir à son propre génie, à son coeur, tout en soignant le détail plus qu'il n'y paraît, et en songeant bien un peu au monde qui attachait tant de prix alors à une lettre bien faite. Le chevalier de Méré, au contraire, est resté un épistolaire tout de profession; et de démon familier, il n'en a pas. C'est un précieux qui continue de l'être alors qu'il n'y avait déjà plus de précieuses, ou qu'il n'y avait plus que la vieille Mlle de Scudery qui l'était encore. Les Lettres du chevalier offrent un continuel exemple de cette espèce de finesse et de subtilité qu'on peut retrouver dans les Conversations et les Entretiens publiés vers la même date par l'auteur suranné de Clèlie. Comme pensée toutefois, comme coup d'oeil moral, il est très-supérieur à cette respectable demoiselle, et on ne saurait se figurer, avant de l'avoir lu, ce qui se rencontre parfois chez lui de délicat comme observation et comme langue.
Note 35:[ (retour) ] Lettre 99e.
Le chevalier a marqué assez bien lui-même le ton de ses lettres dans un endroit où il discute la question de savoir s'il faut écrire comme on parle et parler comme on écrit[36]. Il remarque finement que les choses qu'on ne prononce jamais et qui ne sont faites que pour être lues des yeux, comme une histoire ou quelque composition d'un genre rassis, ne doivent pas s'écrire comme l'on ferait un conte en conversation; l'histoire est plus noble et plus sévère, la conversation est plus libre et plus négligée. Et après avoir touché les harangues, il en vient aux lettres, lesquelles, dit-il, ne se prononcent point: «Car, encore qu'on en lise tout haut, ce n'est pas ce qu'on appelle prononcer; on ne les doit pas écrire tout à fait comme on parle.» Pour preuve de cela, continue-t-il, si l'on voit une personne à qui l'on vient d'écrire une lettre, fût-elle excellente, on ne lui dira pas les mêmes choses qu'on lui écrivait, ou pour le moins on ne les lui dira pas de la même façon. «Il est pourtant bon, lorsqu'on écrit, de s'imaginer en quelque sorte qu'on parle, pour ne rien mettre qui ne soit naturel et qu'on ne pût dire dans le monde; et de même quand on parle, de se persuader qu'on écrit, pour ne rien dire qui ne soit noble et qui n'ait un peu de justesse.» Ainsi, premièrement, il n'écrit point ses lettres comme il cause, et de plus même quand il cause, il parle un peu comme un livre; on voit d'ici le renchérissement qu'en doit prendre son style. Il se plaît à citer à ce propos son ami et son modèle, le maréchal de Clérembaut, «qui cherchoit autant d'esprit avec une femme de chambre entre deux portes que lorsqu'il parloit à la reine au milieu de toute la cour[37].» De même lui, quand il écrivait à un procureur, il ajustait son style comme quand il s'adressait à une duchesse. Cette manière d'écrire et cette manière de causer étaient celles qui eurent la vogue dans le meilleur monde, sous un certain régime de goût, entre l'Astrée et la Clélie; mais à quoi songeait-il de mener cela jusqu'après Mme de La Fayette et après Boileau?
Note 36:[ (retour) ] Cinquième Conversation avec le maréchal de Clérembaut.