Note 59:[ (retour) ] Je rétablis ici deux mots omis qui sont indispensables pour le sens.

Note 60:[ (retour) ] Toujours Épicure.

Note 61:[ (retour) ] On retrouve tout à fait ici cette pensée de derrière dont a parlé Pascal.

Note 62:[ (retour) ] Je rétablis cette phrase telle qu'elle est dans l'édition de 1682; elle a été corrigée maladroitement dans la réimpression de Hollande.

Dans ce curieux discours, qui semble renouvelé d'Aristippe ou d'Horace, on a pu relever au passage bon nombre de pensées toutes faites pour courir en maximes; on a dû sentir aussi par instants quelques-unes des idées familières au chevalier, qui se sont glissées comme par mégarde dans sa rédaction, mais tout aussitôt le pur et vrai La Rochefoucauld recommence. Par exemple, c'est bien La Rochefoucauld qui dit: «Nous devons quelque chose aux coutumes des lieux où nous vivons, pour ne pas choquer la révérence publique, quoique ces coutumes soient mauvaises; mais nous ne leur devons que de l'apparence: il faut les en payer et se bien garder de les approuver dans son coeur» Puis c'est le chevalier qui, pour arrondir sa phrase, ajoute: de peur d'offenser la raison universelle qui les condamne. Il ne s'est pas aperçu que cette raison universelle et tant soit peu platonicienne n'était pas compatible avec les idées de La Rochefoucauld. Et, en général, le chevalier ne paraît pas s'être bien rendu compte de la portée de cette doctrine insinuante: il ne pense qu'à l'extérieur et à la façon de l'honnête homme; La Rochefoucauld allait un peu plus avant et savait mieux le fin mot[63].

Note 63:[ (retour) ] M. de la Rochefoucauld était mort depuis le mois de mars 1680, quand le chevalier fit imprimer la lettre à la fin de 1681, et il ne paraît pas que cette profession, au fond si épicurienne, ait choqué personne, ni même qu'on l'ait seulement remarquée.

Cette lettre une fois connue, je n'ai plus guère longtemps affaire avec le chevalier; il était surtout bon, lui le maître des cérémonies, à nous introduire auprès des autres, de ceux qui valent mieux que lui. Il paraît s'être retiré à une certaine époque dans son manoir des champs et n'avoir plus été du monde. Il avait été gros joueur et s'était mis sur le corps force dettes, il en convient, et une foule de créanciers, quoiqu'il n'ait point fait entrer cette condition dans sa définition de l'honnête homme[64]. La piété, dit-on, de la marquise de Sevret, sa belle-soeur, contribua à déterminer sa conversion. Un mot d'une lettre de Scarron, si on y attachait un sens sérieux, ferait croire qu'il avait été hérétique dans sa jeunesse[65]. On ne sait d'ailleurs rien de précis. Ce qui reste pour nous bien certain, c'est qu'il était de ces esprits distingués d'abord, fins et déliés, mais qui se figent vite et qui ne se renouvellent pas. Les écrits sortis de sa plume dans ses dernières années sont insipides; il baisse à vue d'oeil, il se rouille; il parle de la Cour en bel-esprit redevenu provincial; il a des ressouvenirs d'épicurien qu'il amalgame comme il peut avec des visées platoniques, et, dans son type d'honnête homme qui est sa marotte éternelle, après avoir épuisé la liste des anciens philosophes, il va jusqu'à essayer en quelques endroits d'y rattacher... qui?... je ne sais comment dire: celui qu'il appelle le parfait modèle de toutes les vertus et qui n'est rien moins que le Sauveur du monde. Le chevalier vieillissant, avec ses airs solennels, n'est plus qu'une ruine, le monument singulier d'une vieille mode, un de ces originaux qu'il aurait fallu voir poser devant La Bruyère.

Note 64:[ (retour) ] Voir la lettre 11e, où il se montre comme assiégé par les créanciers, qui l'empêchaient, de sortir de chez lui et de faire des visites; la lettre 37e, sur le triste état de ses affaires; la lettre 8e, sur une dette de jeu. On reconnaît encore le joueur d'alors et le contemporain du chevalier de Grammont à de certaines anecdotes; en voici une qu'il entame en ces termes: «Il y avoit à la suite de Monsieur un fort galant homme qui ne laissoit pourtant pas d'user de quelque industrie en jouant...» (Oeuv. posth., p. 150). Cette petite industrie sert de texte à un bon mot et ne le scandalise pas autrement. Que les. plus honnêtes gens ont donc de peine à ne pas être de leur temps et à ne pas se sentir de la coutume!

Note 65:[ (retour) ] Ce qui cadrerait peu avec la conjecture précédente (page 87), qu'il aurait été chevalier de Malte. Je ne fais que poser ces petits problèmes pour les biographes futurs, s'il en vient.

Il obtint pourtant, à cette époque, une sorte de célébrité par ses écrits; on le trouve assez souvent cité par Bouhours, par Daniel, par Bayle, par ceux qui, étant un peu de province ou de collége et arriérés par rapport au beau monde, le croyaient un module du dernier goût. Il eut ce que j'appelle un succès de Hollande, lui à qui les manières de Hollande déplaisaient tant. Chez nous, Mme de Sévigné l'a écrasé d'un mot, pour avoir osé critiquer Voiture: «Corbinelli, dit-elle[66], abandonne le chevalier de Méré et son chien de style, et la ridicule critique qu'il fait, en collet-monté, d'un esprit libre, badin et charmant comme Voiture: tant pis pour ceux qui ne l'entendent pas!» Ceci demande quelque explication et touche à un point très-fin de notre littérature. J'ai dit que M. de Méré était bon surtout à nous initier près des autres, et j'en profite jusqu'au bout.