—Eh! eh! eh! tout le monde ne peut pas être heureux. C'est ce que me disait un fakir, à Lahore, en 1835. Il ajoutait que l'espérance, elle-même, était un leurre et ne servait qu'à rendre la vie plus amère!
—Théorie dangereuse, affirma l'Aiguebellain.
Par esprit de contradiction, mon oncle soutint le contraire, et la discussion s'engagea vivement entre ces deux messieurs.
L'Aiguebellain n'était pas de force, Hilarion Bruno le roula proprement.
Quand nous fûmes arrivés au pont de Randens, qui sépare d'Aiguebelle le hameau de ce nom, mon oncle se retourna vers moi et me dit:
—Garçon! tiens, voici le renard. Marche en avant, je te permets de te dénoncer comme meurtrier de cet animal dont les Hindous ont le caractère, et les Chinois la couleur, mais à une condition...
Mon coeur se prit à palpiter, et je hasardai timidement cette question:
—A quelle condition, mon oncle?
Un sourire effleura ses lèvres et il me répondit:
—Tu porteras jusqu'à la maison tout ce qu'on te remettra.