—Bien, mon oncle!
Et je partis d'un pas allègre, la casquette sur l'oreille, le poing sur la hanche, et sifflotant, de l'air le plus dégagé du monde, une chanson à boire.
J'avais passé le renard en bandoulière autour de mon corps, et je portais mon fusil sur l'épaule.
Allez! j'étais bien le plus fier et le plus joyeux enfant de la terre.
Pour ne rien perdre de l'honneur que j'allais tirer de ma chasse (ô ironie!) je résolus de traverser Aiguebelle dans toute sa longueur, et je fis un détour qui me conduisit au Paradis des Chèvres. Là, je pris la grand'route, je passai sous l'arc-de-triomphe élevé au roi Charles-Félix, et je me trouvai à l'entrée de la ville.
Dès que l'on m'aperçut, ce fut un véritable remue-ménage. Les commères s'assemblèrent sur le pas de leurs portes, les épiciers et les cafetiers, tout le commerce d'Aiguebelle sortirent de leurs boutiques, et tout ce monde se mit à m'admirer, bouche béante, tandis que les gamins me couraient après avec des cris de joie si perçants que j'en fus abasourdi.
Bientôt je vis diverses femmes rentrer précipitamment dans leurs maisons. Orgueilleux! j'attribuais cette brusque retraite à l'effroi inspiré par le cadavre de «mon» renard, dont le museau sanglant pendait à quelques centimètres de ma ceinture.
Je ne tardai pas à être détrompé.
Les ménagères sortirent l'une après l'autre. L'une m'apporta douze oeufs dont j'emplis ma casquette; l'autre vint me donner une paire de poulets que je pendis à mon bras; la troisième me chargea d'une botte de carotte, la quatrième d'un lapin vivant...
Je n'étais pas arrivé au milieu de la rue, que je succombai sous le fardeau.