Un jeune homme se chargea de la moitié de ces présents, et je pus continuer ma route.

Il eût fallu me voir, ainsi transformé en garde-manger ambulant avec mes poules, mes oeufs, mes carottes et surtout mon renard, que je n'avais point voulu donner à mon complaisant compagnon.

Je croyais d'abord que l'on voulait me mystifier, mais les sourires gracieux, les compliments à brûle-pourpoint et les caressantes flatteries que tout le monde m'adressait me tournèrent la tête.

Lorsque mon oncle rentra, cinq minutes après moi, il riait à gorge déployée.

—Eh bien, petit, me dit-il, trouves-tu que ce soit agréable déporter un renard?

—Certes, mon oncle!

Je lui montrai mon butin.

—Qu'allons-nous faire de tout cela? demandai-je.

—La belle question! ce sont des cadeaux qu'on te fait, petiot; une prime semblable est donnée à tous ceux qui tuent le renard. C'est un usage établi depuis des siècles et dont on trouve le premier exemple dans la Chronique du chanoine Agrald, en 1221. Cette chronique, écrite sur parchemin...

Je me hâtai de fuir, craignant une nouvelle averse d'érudition.