III
«Le moi est haïssable,» a dit Pascal.
Aussi je dois cesser de parler autant de ma chétive personne. J'ai, du reste, entrepris un portrait, il faut que je l'achève. Je laisse là mon oncle, son neveu et le renard susdit, pour faire poser mon modèle et commencer mon esquisse.
Il est inutile, je pense, de donner ici quelques détails sur le quadrupède auquel nous avons affaire.
L'ours des Alpes est le même que celui des Pyrénées et des Asturies, selon le dire de la plupart des naturalistes. Cependant Cuvier prétend le contraire. Cet animal se tient dans les montagnes boisées ou dans les amas de rochers situés vers les cîmes de certains escarpements des Alpes; il vit de racines, de fruits acides, comme l'épine-vinette, la ronce et la buxerole. C'est un grand dévastateur de ruches et de fourmilières: il mange le miel des unes et les habitantes des autres. Sa vie est solitaire.
Il n'attaque point l'homme, si ce n'est quand il est provoqué.
Voilà, mes chers lecteurs, tout ce que mes faibles connaissances en histoire naturelle me permettent de vous dire sur le sauvage souverain de nos montagnes.
Ce n'est point chose facile que de chasser l'ours.
On ne le tue point avec une balle, comme le premier lièvre venu. Nos chasseurs chargent leurs fusils avec des chevrotines, dont la forme est celle des dents d'un rateau.
Ces sortes de balles sont de forme conique, pointues à une extrémité, arrondies à l'autre; elles ne sont point de plomb, mais de fer. Les bourres sont des rondelles découpées dans le feutre d'un vieux chapeau.