[XXXV.]

Par le récit du siège de Castillon (1586) qui, rédigé d'après d'Aubigné et de Thou, se trouve dans l'Histoire de Libourne, par M. Raymond Guinodie, on peut se convaincre que ce siège fut un des plus remarquables de l'époque. Les assiégés y firent preuve d'héroïsme, et les assiégeants, d'une énergie passionnée. Il ne restait plus à la place qu'une centaine de défenseurs valides, lorsqu'elle capitula. Turenne, Vivans et Favas prolongèrent sa résistance par les attaques continuelles dont ils harcelaient les troupes de Mayenne. Il paraît certain que si la peste n'avait pas régné dans les murs de Castillon, d'où finirent par s'écarter les secours envoyés par les réformés, le duc, à bout de forces lui-même, aurait compté un échec de plus dans sa campagne. (Page [230].)

[XXXVI.]

Loin de reconnaître l'insuccès de la campagne de Mayenne (1586) en Guienne et en Gascogne, les partisans de la Maison de Guise exaltèrent outre mesure les prétendus exploits d'un de leurs princes. Mais les réformés ne laissèrent point passer ces éloges sans critique. La réplique suivante de Du Plessis-Mornay donnera une idée de cette polémique:

«La vérité est que 15 ou 16 arquebusiers furent taillés en pièces. Pour telle victoire on n'accorda jamais triomphe à Rome. Mais il aurait dû dire que le sieur de Béthune, gouverneur de Monflanquin, lui défit, en ce temps, une compagnie de gendarmes entière; que celles de Clairac, en moins d'une semaine, lui taillèrent en pièces 18 corps de garde... De même nature sont les conquêtes qu'il fit du Mas-d'Agenais, Damazan, Tonneins, Meilhan, etc., et faut dire qu'il est malicieux ou mauvais capitaine; car on sait qu'il y a deux sortes de places: les unes qui peuvent soutenir les efforts d'une armée, les autres, non. Celles-là, on les débat jusqu'à l'extrémité, ce que M. de Mayenne a très bien expérimenté; celles-ci, et de cette espèce sont celles qu'il nomme, on les garde pour faire vivre les troupes et pour être au large, si longtemps qu'on peut, résolu de les quitter, à la venue d'une grande force. Et de fait, Le Mas et Damazan sont deux villettes qui ne valent pas Toury en Beauce; et la reine de Navarre ayant fait prendre Tonneins par ses gardes, le roi de Navarre les y força, le même jour, à coups de main. Et Meilhan qu'il dit ici, a été, depuis, repris sans peine par le sieur de Vivans, qui le tient aujourd'hui. Mais pensons certainement qu'ils ont bien peu de villes, puisqu'ils font mine de ces villages.» (Page [231].)

[XXXVII.]

La harangue historique et immortelle du roi de Navarre avant la bataille de Coutras est celle que nous avons rapportée: «Souvenez-vous que vous êtes Bourbons!» Elle fut prononcée, le pied à l'étrier. La tradition en a fait parvenir jusqu'à nous deux autres, dont voici le texte:

«Au prince de Condé et au comte de Soissons.

«Vous voyez, mes cousins, que c'est à notre Maison que l'on s'adresse. Il ne serait pas raisonnable que ce beau danseur et ces mignons de cour en emportassent les trois principales têtes, que Dieu a réservées pour conserver les autres avec l'Etat. Cette querelle nous est commune; l'issue de cette journée nous laissera plus d'envieux que de malfaisants, nous en partagerons l'honneur en commun.»

«Aux capitaines et soldats.