«Mes amis, voici une curée qui se présente bien autre que vos butins passés; c'est un nouveau marié qui a encore l'argent de son mariage en ses coffres; toute l'élite des courtisans est avec lui. Courage! il n'y aura si petit entre vous qui ne soit désormais monté sur de grands chevaux et servi en vaisselle d'argent. Qui n'espérerait la victoire, vous voyant si bien encouragés? Ils sont à nous; je le juge par l'envie que vous avez de combattre; mais pourtant nous devons tous croire que l'événement en est en la main de Dieu, lequel sachant et favorisant la justice de nos armes, vous fera voir à nos pieds ceux qui devraient plutôt nous honorer que combattre. Prions-le donc qu'il nous assiste. Cet acte sera le plus grand que nous ayons fait; la gloire en demeurera à Dieu, le service au roi, notre souverain seigneur, l'honneur à nous, et le salut à l'Etat.»


Pendant la déroute de l'armée de Joyeuse, un mouvement confus s'étant produit à l'horizon du champ de bataille, quelque alarme se répandit autour du roi, et il entendit les officiers se demander entre eux s'il n'y avait pas à redouter l'arrivée de l'armée du maréchal de Matignon: «—Eh bien! s'écria gaîment Henri, ce sera ce qu'on n'a jamais vu: deux batailles en un jour!»


La plupart des détails relatifs à la journée de Coutras sont littéralement empruntés à l'Histoire du Père Daniel, qui, résumant les relations contemporaines, a donné de cette bataille le récit le plus clair et le plus complet. (Page [256].)

[XXXVIII.]

On lit dans une lettre d'Etienne Pasquier adressée à son fils Nicolas Pasquier:

«La reine-mère est décédée, à Blois, la veille des Rois dernière, au grand étonnement de nous tous; je ne doute point que les nouvelles n'en soient arrivées jusqu'à vous: toutefois peut-être n'en avez-vous entendu toutes les particularités. Elle avait été grandement malade et gardait encore la chambre, quand soudain, après la mort de M. de Guise, le roi la lui vint assez brusquement annoncer: dont elle reçut tel trouble en son âme, que dès lors elle commença d'empirer à vue d'œil. Toutefois, ne voulant déplaire à son fils, elle couvrit son maltalent (chagrin) au moins mal qu'il lui fut possible, et quatre ou cinq jours après voulut aller à l'église, et au retour vint visiter M. le cardinal de Bourbon, prisonnier, qui commença, avec abondance de larmes, de lui imputer que, sans la foi qu'elle leur avait baillée, ni lui ni ses neveux de Guise ne fussent venus en ce lieu. Lors ils commencèrent tous deux de faire fontaine de leurs yeux, et soudain après, cette pauvre dame, toute trempée de larmes, retourne en sa chambre, sans souper. Le lendemain, lundi, elle s'alite, et le mercredi, veille des Rois, elle meurt.» (Page [275].)