A chaque page, pour ainsi dire, il médit de ceux qu'il a connus, et des plus grands, et des meilleurs, lorsqu'il ne les calomnie pas. Il affecte surtout de dire le plus grand mal de Henri IV, dont il fait un avare, un envieux, un ingrat, etc.

Et pourtant, de loin en loin, il ne peut s'empêcher de dire, en termes explicites, que ce prince était bon et grand. Il écrit, à la suite d'une disgrâce: «Tout cela joint ensemble le fit résoudre, à la fin, de me rappeler auprès de lui, et il m'écrivit, pour cela, quatre lettres consécutives, que je jetai au feu en les recevant. Mais mon mécontentement cessa lorsque j'eus appris qu'étant averti de mon entreprise sur Limoges, et ensuite que j'y avais été fait prisonnier, il avait mis à part quelques bagues de la reine sa femme pour payer ma rançon et me tirer de prison; joint que la nouvelle étant venue que j'avais eu la tête tranchée, il en avait témoigné un grand deuil et perdu le repos; tout cela me toucha à mon tour et me détermina à retourner à son service...»

Il le dénigre de toutes façons:

«L'empressement que je témoignais à rechercher toutes les occasions périlleuses pour me distinguer du commun, et à me trouver partout où il y aurait de la gloire à acquérir, m'attira la haine et l'envie du roi de Navarre, à cause des louanges qui m'en revenaient et qu'il voulait toutes pour lui seul: sur quoi je dirai une chose: qu'il souffrait impatiemment qu'on louât ceux de ses serviteurs qui avaient fait les plus belles actions à la guerre et qui lui avaient rendu les plus grands services...»

Et l'on va voir, par d'Aubigné lui-même, ce qu'était, en réalité, ce maître ingrat, ce détestable prince:

«Je pris ce temps-là (en 1582) pour aller faire l'amour à la susdite Suzanne de Lezay (qu'il épousa), et, dans mon absence, le roi de Navarre écrivit en ma faveur plusieurs lettres à ma maîtresse, lesquelles étant réputées contrefaites par mes rivaux et quelques parents de la demoiselle, il vint lui-même au lieu où elle demeurait pour les avouer siennes et pour honorer la recherche de son domestique...»

Après la mort du roi:

«Il faut que je dise ici que la France, en le perdant, perdit un des plus grands rois qu'elle eût encore eus. Il n'était pas sans défauts; mais, en récompense, il avait de sublimes vertus


Il y a beaucoup d'erreurs et, qui pis est, de faussetés dans l'Histoire et les Mémoires de d'Aubigné, si précieux, malgré tout, pour l'histoire du XVIe siècle. Tous les historiens sérieux les ont reconnues et signalées. On trouve, dans les Mémoires, notamment, quantité de gasconnades tragiques ou comiques.