En somme, d'Aubigné est très souvent vantard, et il n'avait pas besoin de l'être, puisqu'il avait certainement tous les courages, excepté un pourtant, celui qui consiste à juger sans passion et à ne pas noircir un beau caractère parce qu'on en a été froissé ou méconnu.
Dans la «langue verte» d'aujourd'hui, il faudrait dire que d'Aubigné est un illustre toqué, avec des allures de héros ou de capitan, selon les cas, avec le grand cœur d'un loyal guerrier, les petitesses intellectuelles et morales d'une sorte de Gil-Blas, ou les effervescences moitié baroques, moitié terribles, d'un sectaire tout près d'être visionnaire.
C'était, en définitive, une âme dure et un assez mauvais homme. Mécontent, à juste titre, de son fils Constant, il l'anathématise en ces termes, à la fin de ses Mémoires: «Une telle perfidie me fut si sensible, que je rompis pour jamais avec lui, oubliant absolument tous les liens du sang et de l'amitié qui m'attachaient à ce fripon et misérable fils; et je vous conjure, mes autres enfants, de ne conserver la mémoire de votre indigne frère que pour l'avoir en exécration.» Paroles d'autant plus graves et odieuses qu'elles sont lancées d'outre-tombe. On n'y retrouve, assurément, ni le chrétien, ni le père, ni même l'homme dans la générosité naturelle de son caractère. (Page [90].)
[XI.]
L'édit de pacification rendu au mois de mai 1576 créa (article 18), au parlement de Paris, une chambre composée de deux présidents et de seize conseillers, dont la moitié devait appartenir à la religion réformée. Cette chambre devait être envoyée, trois mois par an, pour y rendre la justice, aux pays de Poitou, Angoumois, Aunis et La Rochelle. Une chambre composée de la même manière était établie à Montpellier, dans le ressort du parlement de Toulouse. Il s'en était créé aussi une formée de deux présidents et de dix conseillers dans chacun des parlements de Grenoble, de Bordeaux, d'Aix, de Dijon, de Rouen et de Bretagne.
On appelait chambre tri-partie le tribunal qu'au mois de juillet 1578, en conséquence du traité de Bergerac, on établit à Agen. Il se composait de douze conseillers, 4 réformés et 8 catholiques; deux présidents, l'un catholique, l'autre protestant. Pour un arrêt, il fallait que le tiers des juges appartînt à la religion huguenote.
Après le traité de Fleix, cette chambre fut remplacée par une chambre de justice envoyée en mission. L'article 2 porte: «Le roi enverra au pays et duché de Guienne une chambre de justice composée de deux présidents, quatorze conseillers, un procureur et un avocat de S. M.: gens de bien, amateurs de paix, intégrité et suffisance requises. Lesquels seront par S. M. choisis et tirés des parlements de ce royaume et du grand conseil... Lesquels présidents et conseillers ainsi ordonnés connaîtront et jugeront toutes causes, procès et différends, et contraventions à l'édit de pacification. Serviront, deux ans entiers, audit pays et changeront de lieux et de séances, de six mois en six mois, afin de purger les provinces et rendre justice à chacun sur les lieux....»
Vers la même époque, il fut établi, à l'Isle-d'Albi, une chambre de justice spéciale, qui joua un rôle important, et dont il est souvent parlé dans les lettres et manifestes du roi de Navarre. (Pages [92]-[124]-[140].)
Les membres de la chambre de justice de Guienne arrivèrent à Bordeaux, au mois de mars 1581; mais plusieurs circonstances, dit l'abbé O'Reilly, retardèrent leur réunion jusqu'au mois de janvier 1582. Leur première séance eut lieu le 26 de ce mois. Michel de Montaigne, maire de Bordeaux, assistait à cette séance.