—Pure curiosité. Il vous disait donc que s’il racontait à M. le baron tout ce qu’il sait, celui-ci lui donnerait bien de l’argent pour le faire taire?

—Il m’a dit ce qu’il m’a dit. Demandez-le-lui, si vous voulez le savoir. Pourquoi ne restez-vous pas au château, puisque vous ne pensez qu’à madame? Est-ce que vous êtes amoureux d’elle?

—Je ne suis amoureux que de vous, ma chère biche.—Que le diable l’emporte! pensa-t-il; ne va-t-elle pas être jalouse, maintenant! Comment la faire jaser?—Je suis persuadé comme vous, reprit-il à haute voix, que tous les mauvais propos de ce Lambernier sont autant de calomnies.

—Il n’y a pas de doute. Il est connu dans le pays; c’est une mauvaise langue qui espionne tout ce qu’on fait et tout ce qu’on dit, pour le rapporter à tort et à travers. Mon Dieu! pourvu qu’il ne fasse pas d’histoire, parce qu’il m’a vue entrer dans le bois!

—Mme de Bergenheim, continua l’artiste avec affectation, est certainement fort au-dessus des bavardages d’un drôle de cette espèce.

Reine se pinça les lèvres sans répondre.

—Elle a trop de qualités et de vertus pour que personne puisse y ajouter la moindre foi.

—Quant à cela, il y a des saintes nitouches parmi les dames de Paris comme ailleurs, dit la jeune fille d’un air aigre-doux.

—Ouais! pensa Marillac, nous y voici. Toujours la vieille querelle du petit bonnet et du chapeau d’Herbault, de la grisette et de la dame. Maintenant, que je sois académicien si je ne lui délie pas la langue.

—Mme de Bergenheim, reprit-il en appuyant avec emphase sur chaque mot, est une femme si bonne! si jolie! si aimable!...