—Mon Dieu! dites donc tout de suite que vous l’aimez ce sera plus tôt fait, s’écria Reine en se dégageant brusquement du bras qui l’avait enlacée jusqu’alors.—Une grande dame qui a des carrosses et des laquais rouges tout galonnés, c’est là une conquête! Tandis qu’une demoiselle bourgeoise qui n’a que sa vertu....
Elle baissa les yeux d’un air de componction, sans achever sa phrase.
—Une vertu qui donne des rendez-vous au bout de trois jours, et au fond d’un bois, encore! Joli! pensa l’artiste.
—Toujours est-il que vous ne serez pas le premier, reprit-elle en relevant la tête et en cherchant à cacher son dépit sous un air d’ironie.
—Ce sont des mensonges.
—Des mensonges! et moi je vous dis que je sais ce que je sais.—Lambernier n’est pas un menteur....
—Lambernier n’est pas un menteur!—répéta comme un écho une voix rude et enrouée qui semblait sortir de la cavité du hêtre, au pied duquel les amants étaient assis.—Qui est-ce qui dit que Lambernier est un menteur?
Au même instant le menuisier en personne sortit de derrière l’arbre où il était caché depuis un moment, et intervint brusquement sur la scène comme le Deus ex machinâ des tragédies romaines. Sa veste brune, jetée sur l’épaule droite selon son habitude, et son chapeau gris à larges bords enfoncé sur l’oreille, il vint se placer en face du couple stupéfait, en fixant tour à tour sur chacun des interlocuteurs ses yeux enfoncés et méchants, et en laissant échapper de ses lèvres serrées un ricanement sardonique.
Mlle Reine jeta un cri comme si elle eût vu Satan sortir de terre à ses pieds; Marillac se leva d’un bond et saisit sa cravache.