—Encore un peu, répondit la jeune fille en baissant les yeux, car elle se sentit rougir.

Ce symptôme rendit à Mme de Bergenheim toute la mauvaise humeur contre laquelle elle s’était efforcée de lutter jusqu’alors, et ce fut avec un accent de perçante moquerie qu’elle reprit brusquement:

—Votre cousin d’Artigues vous a-t-il écrit?

Mlle de Bergenheim leva les yeux et la regarda un instant d’un air distrait.

—Je ne sais pas, dit-elle enfin.

—Comment! vous ne savez pas si vous avez reçu une lettre de votre cousin? reprit Clémence en riant avec affectation.

—Ah! Alphonse... non, c’est-à-dire oui; mais il y a déjà longtemps.

—Comme vous êtes devenue froide et indifférente pour ce cher Alphonse! Vous ne vous rappelez donc pas combien l’an dernier vous avez pleuré à son départ, comme vous vous êtes fâchée contre votre frère qui voulait vous plaisanter sur cette belle affliction, comme vous avez juré de n’avoir jamais d’autre mari que votre cousin.

—J’étais une sotte, et Christian avait raison. Alphonse qui n’a qu’un an de plus que moi! Songez donc, quel joli ménage nous ferions! Je sais que je ne suis pas très raisonnable, et il faut alors que mon mari le soit pour nous deux.—Christian a neuf ans de plus que vous.