—Voyons: asseyez-vous là et contez-moi ce grand secret.

Clémence prit à son tour les mains de sa belle-sœur et lui fit une place à ses côtés sur le divan.

—Vous savez, dit celle-ci, que Christian m’a promis une montre comme la vôtre, parce que je n’aime plus la mienne. Hier, en nous promenant, je lui disais que c’était fort mal à lui de ne me l’avoir pas encore donnée. Savez-vous ce qu’il m’a répondu?—Il est vrai qu’il riait un peu.—Ce n’est pas la peine que je t’en achète une; quand tu seras la vicomtesse de Gerfaut, ton mari te la donnera.

—Votre frère a voulu se divertir à vos dépens; comment êtes-vous assez enfant pour ne pas vous en apercevoir?

—Enfant! dit Aline en se levant d’un air piqué; je sais ce que j’ai vu. Hier au soir ils ont parlé longtemps ensemble au salon, et je suis très sûre que c’était de moi.

Mme de Bergenheim partit d’un éclat de rire, qui augmenta le dépit de sa belle-sœur, moins disposée que jamais à se voir traitée en petite fille.

—Pauvre Aline! dit enfin la baronne; ils parlaient du cinquième portrait dont M. de Gerfaut ne peut retrouver l’original dans les vieux titres, et qu’il croit étranger à la famille. Vous savez, cette vieille figure à barbe grise, près de la porte.

La jeune pensionnaire baissa la tête comme un enfant qui voit une méchante sœur aînée souffler sur son château de cartes.

—Et comment savez-vous cela? dit-elle après un instant de réflexion. Vous étiez au piano. Comment pouviez-vous entendre d’un bout du salon à l’autre ce que disait M. de Gerfaut?

Ce fut au tour de Clémence de baisser la tête, car il lui sembla que sa belle-sœur devinait en ce moment cette subtilité d’organes, cette attention continuelle qui, sous une affectation d’indifférence, ne lui laissaient pas perdre une seule des paroles d’Octave. Selon l’usage, elle voulut cacher son embarras sous un redoublement d’ironie.