—Il est probable, en effet, dit-elle, que je me trompe et que vous avez raison. Quel jour devons-nous saluer madame la vicomtesse de Gerfaut?

—Je vous dis sottement tout ce que je pense, et ensuite vous vous moquez de moi, reprit Aline, dont la figure ronde s’allongeait à chaque mot, et passait du rose à l’incarnat; est-ce ma faute si mon frère m’a parlé de cela?

—Je crois que vous n’aviez pas besoin qu’il vous en parlât pour y penser beaucoup.

—Eh bien, ne faut-il pas penser à quelque chose?

—Mais il faut veiller un peu à ses pensées; il n’est pas fort convenable pour une demoiselle de s’occuper d’un homme, répondit Clémence avec un accent de sévérité dans lequel sa tante eût reconnu avec orgueil le pur sang des Corandeuil.

—Je croyais que cela était plutôt permis à une demoiselle qu’à une dame.

A cette riposte imprévue et sans arrière-pensée, Mme de Bergenheim perdit la parole et demeura interdite devant la jeune fille, comme un écolier devant le pédagogue qui vient de lui administrer une vigoureuse férule.

—Où diantre ce petit serpent est-il allé chercher cela? pensa Gerfaut, fort mal à son aise entre les deux armoires où il s’était blotti.

Voyant que sa belle-sœur ne lui répondait pas, Aline prit ce silence de confusion pour de la mauvaise humeur et se fâcha tout à fait à son tour.