—C’est bon, c’est bon; nous verrons cela plus tard. Marchons!
—Vous voulez me livrer à la justice. Je suis donc un homme perdu!
—Ce sera un lâche coquin de moins, s’écria Christian en repoussant avec dégoût l’ouvrier qui s’était jeté à genoux devant lui.
—J’ai trois enfants, monsieur le baron... trois enfants, répéta-t-il d’une voix pleine de supplication et d’angoisse.
—Veux-tu marcher! répondit impérieusement Bergenheim, et il fit un geste avec son fusil comme pour le frapper.
Lambernier se releva brusquement; la terreur empreinte sur ses traits fit place à une expression de fermeté mêlée de haine et d’ironie.
—Eh bien, s’écria-t-il, marchons! mais rappelez-vous ce que je vais vous dire: si vous me faites arrêter, vous serez le premier à vous en repentir, tout baron que vous êtes. Si je parais devant la justice, je raconterai quelque chose que vous m’achèteriez peut-être bien cher. On a donné dimanche un charivari à Jacquin et à sa femme, prenez garde qu’on n’en vienne faire autant au château.
Ces paroles étaient une allusion grossière à une mésaventure conjugale dont les habitants de la Fauconnerie avaient fait récemment justice, en vertu de ce singulier usage qui maintenant, grâce au progrès de la civilisation, est passé dans les habitudes constitutionnelles et sert de digestif aux dîners du ministère à la fin de chaque session.
Bergenheim regarda fixement le Provençal.
—Que signifie cette insolence? lui demanda-t-il.