...Christian poussa Lambernier dans le sentier qu’il lui avait indiqué...
—Dessin de WEISZ, gravure de H. MANESSE

—Je suis bien aise de vous voir un instant pour vous gronder, dit-elle; je n’ai pas reconnu ce soir vos attentions ordinaires. Vous n’avez donc pas pensé que le bruit de la salle à manger arrivait jusqu’ici.

—En as-tu été incommodée? dit Christian en la regardant attentivement.

—A moins d’avoir une tête de fer... il paraît que ces messieurs ont un peu abusé de la liberté permise à la campagne. D’après ce que m’a dit Justine, il s’est passé des choses qui eussent été mieux à leur place à la Femme-sans-Tête.

—Tu souffres beaucoup?

—Une migraine affreuse. Je voudrais pouvoir un peu dormir.

—J’ai eu tort de ne pas prévoir cela. Mais tu me pardonnes, n’est-il pas vrai?

Bergenheim se pencha sur la causeuse et passa un bras autour des épaules de la jeune femme, en appuyant les lèvres sur le front qu’elle tenait baissé. Pour la première fois de sa vie, il jouait un rôle auprès d’elle et observait avec une attention implacable les moindres expressions de son visage, les plus fugitives révélations de son maintien. Il s’aperçut qu’elle frémissait sur le bras dont il l’avait enveloppée, et sa bouche trouva prompt à se dérober et aussi froid que le marbre le front qu’elle avait à peine effleuré.

Il se redressa et fit plusieurs tours dans la chambre en évitant de la regarder, car l’aversion que lui annonçaient ces symptômes lui parut une preuve complète et il craignit de ne pouvoir se contenir.

—Qu’avez-vous donc? demanda la jeune femme en remarquant l’agitation de son mari.