—Je veux qu’on dise: Amour de Gerfaut, répondit-il tendrement.

—Vous avez raison d’être aimable et de me dire de douces paroles, j’en ai besoin ce soir. Je me sens triste et souffrante; les rêves les plus noirs me viennent à l’esprit. Je crois que c’est cet orage qui me rend ainsi. N’éprouvez-vous pas cela comme moi? Que ce tonnerre est lugubre! il me semble une menace de malheur.

Octave lui jeta le sourire par lequel on gâte les puérilités d’un enfant bien-aimé.

—Votre imagination est toujours la même, dit-il, avide d’émotions tristes. Si vous mettiez la même volonté à être heureuse qu’à vous créer des peines, notre vie serait trop douce. Qu’importe l’orage?... et quand même vous y verriez un emblème, qu’a-t-il donc de si terrible? Le nuage est une vapeur, le tonnerre un son, tous deux sont également éphémères; l’azur du firmament, qu’ils peuvent un instant obscurcir, est seul éternel. Le ciel, c’est l’amour. Ne crois-tu pas comme moi à sa souveraine immortalité?

—N’avez-vous rien entendu? dit Mme de Bergenheim, en tressaillant tout à coup et en écoutant d’un air inquiet.

—Rien. Qu’est-ce donc?

—Je crains que ce ne soit Justine qui s’avise de descendre; elle est si insupportable avec ses attentions...

Elle se leva et alla regarder dans la chambre à coucher, dont, par précaution, elle ferma les portes à clef. Un moment après, elle vint se rasseoir sur le divan.

—Justine dort en ce moment, dit Octave; je ne me suis pas hasardé à venir avant d’avoir vu s’éteindre la lumière de sa chambre.

Clémence lui prit la main et l’appuya contre sa poitrine.