—Quant à sa réputation, répondit Christian, j’y veillerai; quant à sa vertu...
Il n’acheva pas, mais sa figure prit une expression d’incrédule ironie.
—Je vous jure, monsieur, reprit Octave avec émotion, qu’elle est au-dessus de toute séduction comme elle devrait être à l’abri de toute insulte; je vous jure... Quel serment dois-je vous faire pour que vous me croyiez? Je vous jure que Mme de Bergenheim n’a trahi aucun de ses devoirs envers vous; que je n’ai jamais reçu d’elle le moindre encouragement; qu’elle est innocente de ma folie, comme peuvent l’être les anges dans le ciel.
Christian, pour toute réponse, secoua la tête avec un sourire méprisant.
—Ce jour sera un désespoir pour tout le reste de ma vie, si vous ne me croyez pas, continua Gerfaut avec une véhémence croissante; je vous dis, monsieur, qu’elle est innocente; innocente! entendez-vous? J’ai été égaré par une passion dédaignée. J’ai voulu profiter de votre absence. Vous savez que j’ai une clef de la bibliothèque; je m’en suis servi sans quelle pût s’en douter. Plût au ciel que vous eussiez été témoin de tout notre entretien! il ne vous resterait aucun doute. Peut-on empêcher un homme de pénétrer chez une femme malgré elle, lorsqu’il a réussi à s’en procurer les moyens? Je vous répète...
—Assez, monsieur, répondit froidement le baron. Vous faites en ce moment ce que tout autre ferait à votre place, ce que je ferais moi-même; mais cette discussion est superflue; laissez à cette femme le soin de se disculper. En ce moment, il ne doit être question que de vous et de moi.
—Quand je vous proteste sur mon honneur.
—Monsieur, en pareille circonstance un faux serment ne déshonore pas. J’ai été garçon aussi, et je sais que tout est permis contre un mari. Brisons là-dessus, je vous prie, et venons au fait. Je me regarde comme insulté par vous, et vous devez me rendre raison de cette insulte.
Octave fit en silence un signe d’acquiescement.
—Un de nous deux doit mourir, reprit Bergenheim en s’accoudant négligemment sur la tablette de la cheminée.