L’amant inclina la tête une seconde fois, par un geste grave.
—Je vous ai offensé, dit-il, c’est à vous de régler la réparation que je vous dois.
—Il n’en est qu’une possible, monsieur. Le sang seul peut laver la boue; vous le savez comme moi. Vous m’avez déshonoré, vous me devez votre vie pour cela. Si le sort vous favorise, vous serez débarrassé de moi, et j’aurai eu tort de toutes les manières.—Il y a quelques arrangements à prendre, nous allons nous en occuper sur-le-champ, si vous le trouvez bon.
Il avança un fauteuil qu’il offrit à Gerfaut et en prit un autre pour lui-même. Ils s’assirent de chaque côté d’un bureau qui occupait le milieu de la chambre, et ce fut avec une égale apparence de sang-froid imperturbable et de politesse hautaine qu’ils s’apprêtèrent à discuter ce débat meurtrier.
—Je n’ai pas besoin de vous répéter, dit Octave, que j’accède d’avance à tout ce qu’il vous conviendra de décider: les armes, le lieu, les témoins...
—Écoutez-moi, interrompit Bergenheim; tout à l’heure vous m’avez parlé en faveur de cette femme, de manière à me faire penser que vous ne voudriez pas la perdre aux yeux du monde; j’espère donc que vous accepterez la proposition que je vais vous soumettre. Un combat ordinaire entre nous éveillerait des soupçons et conduirait infailliblement à la découverte de la vérité; on lui chercherait un prétexte plausible, quel que fût celui que nous voulussions lui donner devant les témoins. Entre un jeune homme reçu dans une maison et un mari, vous le savez, il y a un motif de duel qui saute aux yeux d’abord. De quelque manière que le nôtre se terminât, l’honneur de cette femme resterait sur le terrain avec le mort, et c’est ce que je veux éviter, car elle porte mon nom.
—Expliquez-moi votre volonté, répondit Octave, ne sachant où son adversaire en voulait venir.
—Vous savez, monsieur, reprit Bergenheim de sa voix toujours impassible, qu’un article de la loi me donnait, il y a un instant, le droit de vous tuer, moyennant une peine assez faible; je ne l’ai pas fait pour deux raisons: d’abord un gentilhomme se sert d’épée et non de poignard, et puis votre cadavre m’eût embarrassé.