Après avoir lu, le baron passa la lettre à sa femme, sans dire un mot et reprit son attitude sombre et pensive.

—Vous voyez ce qu’il vous demande? dit-il après un assez long intervalle, en observant la stupeur inintelligente avec laquelle les yeux de Mme de Bergenheim parcouraient le papier.

—J’ai la tête si perdue, répondit-elle, que je ne sais si je comprends.—Que parle-t-il de mort?

Les lèvres de Christian se contractèrent dédaigneusement.

—Il ne s’agit pas de vous, dit-il; on ne tue pas les femmes.

—Elles meurent sans cela, répondit Clémence qui s’arrêta quelque temps, incapable de continuer, et en regardant son mari d’un œil hagard et terrifié.

—Vous devez donc vous battre! s’écria-t-elle enfin, avec un accent dont l’expression ne saurait être notée dans aucune langue.

—En vérité, vous avez deviné cela! répondit-il en souriant ironiquement; c’est une chose merveilleuse que votre intelligence. Vous avez dit vrai. Vous voyez que nous sommes tous dans notre rôle. La femme trompe son mari; le mari se bat avec l’amant, et l’amant, pour clore dignement la comédie, propose un enlèvement à la femme, car voilà le fond de sa lettre au milieu de ses précautions oratoires.

—Vous battre! reprit-elle en se levant, et avec l’énergie que donne l’excès du désespoir. Vous battre!... pour moi, indigne et misérable que je suis!... mais c’est moi qui dois mourir! Qu’avez-vous fait, vous? Et lui, n’est-il pas libre d’aimer? Je suis seule coupable, seule je vous ai offensé, et seule il faut me punir. Faites de moi ce que vous voudrez, monsieur; enfermez-moi dans un couvent, dans un cachot; apportez du poison, je le boirai.