Une extrême indécision se fit remarquer alors dans l’attitude de Gerfaut. Après avoir armé son fusil, il le posa à terre par un geste d’abattement, comme si la résolution de faire feu l’eût subitement abandonné; la mort n’a pas une pâleur plus effrayante que celle qui vint couvrir son visage. Les hurlements des chiens et des traqueurs retentissaient avec une énergie croissante. Un bruit d’une autre nature s’y mêla soudain. Des grognements brusques et sourds, suivis d’un grand craquement de branches, sortirent du bois en face des deux adversaires. Le taillis tout entier semblait frémir, traversé par un ouragan.

—Gare! Oh! cria Bergenheim d’une voix ferme.

Au même instant, une hure énorme pointa hors du fourré et un coup de feu se fit entendre. Lorsque Gerfaut, à travers la fumée qui sortait de son fusil, regarda au fond de la tranchée, il la trouva vide et n’aperçut que le feuillage paisible et frémissant du bois. Le sanglier, après avoir franchi l’enceinte, filait comme un boulet et en laissant derrière lui un sillon de branches brisées, et Bergenheim était couché derrière la souche du vieux chêne, sur laquelle avaient jailli déjà de larges gouttes de sang.


... Au même instant un coup de feu se fit entendre...
—Dessin de WEISZ, gravure de H. MANESSE