—Vous êtes indulgente, reprit la vieille tante; de pareils monstres devraient être brûlés vifs comme la Brinvilliers.
—On parle bien plus souvent dans les journaux de maris qui tuent leurs femmes que de femmes qui tuent leurs maris, observa Aline avec l’esprit de corps naturel au beau sexe.
—Il n’est pas fort convenable que vous parliez de ces horreurs-là, interrompit Mlle Corandeuil d’un ton sévère; voilà les fruits de la morale du siècle. Ce sont toutes ces infamies qu’on trouve au théâtre et dans les romans qui produisent leur effet. Quand on pense à la belle éducation qu’on donne à la jeunesse actuelle, il y a de quoi frémir pour l’avenir.
—Mon Dieu! mademoiselle, vous pouvez être sûre que je ne ferai jamais mourir mon mari, répondit la jeune fille à qui cette dernière observation semblait plus particulièrement destinée.
Un gémissement étouffé que ne put réprimer Mme de Bergenheim attira de son côté les regards des deux autres femmes.
—Qu’as-tu donc? demanda Mlle de Corandeuil, qui remarqua pour la première fois l’abattement de sa nièce et l’expression égarée de ses yeux.
—Rien... murmura celle-ci; c’est la chaleur de ce salon.
Aline ouvrit avec empressement une des fenêtres et vint prendre les mains de sa belle-sœur.
—Vous avez la fièvre, dit-elle; vos mains brûlent, votre front aussi; je n’osais pas vous le dire, mais vos belles couleurs...
Un cri affreux que poussa Mme de Bergenheim fit reculer d’effroi la jeune fille.