—Clémence! Clémence! s’écria Mlle de Corandeuil, qui crut que sa nièce devenait folle.

—Vous n’entendez donc pas? dit celle-ci avec un accent de terreur impossible à décrire. Elle s’élança tout à coup vers la porte du salon; mais, au lieu de l’ouvrir, elle s’y colla violemment les bras en croix. Elle revint ensuite en courant, fit plusieurs tours dans la chambre avec une sorte de démence et finit par tomber à genoux devant le canapé où elle enfouit sa tête sous les coussins.

Cette scène avait porté au dernier degré la stupeur des deux femmes. Tandis que la vieille demoiselle essayait de faire relever Clémence, Aline, encore plus effrayée, s’élança hors de l’appartement pour appeler du secours. Une rumeur qui venait de la cour se fit entendre assez distinctement quand la porte fut ouverte. L’instant d’après, un cri perçant couvrit ce murmure confus; la jeune fille, pâle comme la mort, se précipita dans le salon et vint se jeter à genoux à côté de sa belle-sœur, qu’elle étreignit dans ses bras avec une énergie convulsive.

En se sentant saisie de la sorte, Clémence releva la tête, posa les deux mains sur les épaules d’Aline pour l’éloigner, et la regardant avec des yeux qui semblaient la dévorer:

—Lequel? lequel? dit-elle d’une voix brusque.

—Mon frère!... couvert de sang! balbutia Aline.

Mme de Bergenheim la repoussa violemment et se rejeta sur le canapé; son premier sentiment fut une joie horrible de n’avoir pas entendu le nom d’Octave; ensuite elle essaya de s’étouffer en pressant sur sa bouche le coussin dont elle avait enveloppé sa tête.

Un bruit de voix et de pas retentit dans le vestibule; la plus grande confusion semblait régner parmi les personnes qui arrivaient. Plusieurs entrèrent enfin dans le salon en ayant à leur tête M. de Camier, dont le visage rubicond d’ordinaire avait perdu toutes ses couleurs.

—Ne vous effrayez pas, mesdames, dit-il d’une voix très émue; ne vous effrayez pas. Ce n’est qu’un léger accident sans aucun danger;—M. de Bergenheim vient d’être blessé à la chasse, continua-t-il plus bas en s’adressant à Mlle de Corandeuil; je ne sais où le faire transporter.