—Et après, vous m’obéirez?
—Quelques mots seulement, et je ferai ensuite tout ce que vous voudrez.
Elle hésita un moment; puis, la conscience sans doute tranquillisée par cette promesse, elle s’assit en faisant à M. de Gerfaut un signe de la main pour lui permettre de suivre son exemple.
Le jeune homme ne se fit pas répéter cette invitation et se plaça hypocritement à l’un des bouts du banc.
—Maintenant parlons raison, dit-elle d’un ton calme. Je suppose que vous allez en Allemagne ou en Suisse, et qu’en passant près de chez moi vous avez voulu m’honorer d’une visite. Je dois être fière d’une marque de souvenir de la part d’un homme aussi célèbre que vous, quoique vous ayez un peu caché vos rayons. A la campagne nous ne sommes pas fort sévères sur le costume; mais, en vérité, le vôtre est tout à fait sans cérémonie. Dites-moi, où avez-vous trouvé cette coiffure de Colin?
Ces dernières paroles furent prononcées avec la gaieté d’une jeune fille insouciante et moqueuse.
Gerfaut sourit agréablement, mais il ôta son chapeau. Sachant l’importance que les femmes attachent aux petites choses et quelle irréparable impression peut produire, dans les moments les plus pathétiques, une cravate mise bourgeoisement ou une botte mal cirée, il ne voulut pas compromettre son éloquence par une coiffure ridicule. Il se passa donc la main dans les cheveux en les relevant sur son front large et bien ouvert, et répondit doucement:
—Vous savez bien que je ne vais ni en Allemagne ni en Suisse, et que Bergenheim est le terme de mon voyage, comme il en a été le but.
—Alors, voulez-vous me faire le plaisir de me dire quelle a été votre intention en vous permettant cette démarche, et si vous avez réfléchi à ce qu’elle a d’étrange, d’inconsidéré, d’extravagant de toute manière?