VIII

IL était trois heures après-midi; le salon du château de Bergenheim offrait sa physionomie et ses hôtes accoutumés. Le feu du foyer allumé pendant la matinée s’éteignait lentement aux rayons, qu’à travers les fenêtres entr’ouvertes, projetait sur le parquet un beau soleil d’automne. Devant la cheminée, Mlle de Corandeuil, étendue dans son grand fauteuil, Constance à ses pieds, lisait, selon son habitude, les journaux qui venaient d’arriver. Sur le balcon, Mme de Bergenheim semblait fort occupée d’un ouvrage de tapisserie posée sur ses genoux; mais la lenteur de son aiguille et les singulières erreurs qu’elle commettait parfois indiquaient que son esprit voyageait fort loin des fleurs écloses sous ses doigts. Elle venait d’achever un lis du plus beau noir, qui faisait un étrange contraste avec ses frères, lorsqu’un domestique entra.

—Madame, dit-il, il y a là une personne qui demande M. le baron.

—Est-ce que M. de Bergenheim n’est pas chez lui? répondit Mlle de Corandeuil.

—Mademoiselle, monsieur vient de sortir à cheval avec Mlle Aline.

—Quelle est cette personne?