—Et je ne serai pas obligée de servir à table, c’est ce que vous voulez dire, n’est-ce pas? Égoïste!
—J’ai peur de M. de Gerfaut, dit la pensionnaire en baissant la voix.
En entendant prononcer ce nom qui lui donnait presque la fièvre, Mme de Bergenheim resta un moment sans répondre.
—Que vous a donc fait M. de Gerfaut? dit-elle enfin. N’êtes-vous pas ingrate d’avoir peur de lui après le service qu’il vous a rendu?
—Non, je ne suis pas ingrate, répondit la jeune fille avec beaucoup de vivacité. Je n’oublierai jamais que je lui dois la vie, car bien certainement sans lui j’étais traînée jusque dans la rivière. Mais il a des yeux si noirs et si perçants, qu’il semble lire au fond de votre âme; et puis c’est un homme de tant d’esprit! j’ai peur de dire quelque chose dont il se moque. Vous savez qu’on trouve que je parle trop; eh bien, devant lui, j’ose à peine ouvrir la bouche... Pourquoi donc y a-t-il des hommes dont le regard fait cette impression-là?
Clémence baissa les yeux et ne répondit rien.
—Son ami, M. Marillac, ne m’intimide pas du tout, lui, malgré ses grandes moustaches. Dites-moi, est-ce que M. de Gerfaut ne vous fait pas aussi un peu peur?
—Pas du tout, je vous assure, répondit Mme de Bergenheim en essayant de sourire; mais, continua-t-elle pour changer de conversation, comme vous voilà belle! Vous avez certainement quelque projet de conquête. Comment, en robe de chaly à neuf heures du matin, et coiffée comme si vous alliez au bal!
—Savez-vous le compliment que vient de me faire votre tante?
—Quelque petite malice?