—Il faut dire une méchanceté, car elle est très méchante. Elle m’a dit que des rubans bleus allaient fort mal avec des cheveux rouges, et qu’elle me conseillait de changer les uns ou les autres. Est-il vrai que j’aie les cheveux rouges?
Mlle de Bergenheim prononça ces mots d’un ton si inquiet, que sa belle-sœur ne put retenir un sourire.
—Vous savez que ma tante aime à vous contrarier, dit-elle. Vos cheveux sont très jolis, d’un blond vif, mais fort doux à l’œil; seulement Justine les crêpe trop, ils bouclent assez naturellement. Elle vous coiffe aussi trop haut; cela vous irait mieux de les aplatir un peu aux tempes, que de les ébouriffer comme elle fait. Venez un peu ici.
Aline s’agenouilla devant le lit de Mme de Bergenheim, qui, joignant la leçon au conseil, se mit à modifier selon son goût l’œuvre de la femme de chambre.
—Ils frisent comme de petits crins, observa la jeune fille, en voyant la peine qu’éprouvait sa belle-sœur à réussir; au Sacré-Cœur, cela fait mon désespoir. Ces dames veulent que nous soyons coiffées en bandeaux, et j’ai toujours mille peines à empêcher ces maudits cheveux de se révolter. D’ailleurs, les cheveux blonds vont très mal en bandeaux, quoique M. de Gerfaut disait hier que c’était la nuance qu’il préférait.
—M. de Gerfaut vous a dit qu’il préférait les cheveux blonds!
—Prenez garde: vous m’en arrachez!—Oui, les cheveux blonds et les yeux bleus. Il disait cela à propos de la vierge de Carlo Dolci qui est dans votre petit salon. M. Marillac a dit qu’il aimait les cheveux rouges, parce que c’était le beau type juif; si c’est un compliment qu’il a voulu me faire, je le remercie.—Est-ce que vous trouvez que j’ai les yeux aussi bleus que ceux de cette vierge? M. de Gerfaut prétend qu’ils se ressemblent beaucoup.
Mme de Bergenheim retira sa main avec une vivacité qui arracha encore une demi-douzaine de cheveux à sa belle-sœur, et s’enveloppa jusqu’au menton dans la couverture.
—Oh! M. de Gerfaut sait faire de très jolis compliments! dit-elle. Et vous êtes sans doute très contente de ressembler à la madone de Carlo Dolci?