(Vue prise de Takdicht, dans la direction de l’est.)
Croquis de l’auteur.
Départ à 7 heures du matin. Je chemine quelque temps sur le plateau où j’étais hier soir ; puis, laissant et la plaine et l’ḥalfa, je m’engage dans un ravin étroit, à flancs escarpés de roche noire et luisante : montée courte, mais raide ; à 8 heures, j’atteins un col, Tizi n Haroun : là passe la ligne de faîte du Petit Atlas ; je la franchis pour la quatrième fois. Un chemin très difficile, au milieu d’énormes rochers, me conduit dans un profond ravin ; je le descends quelques instants, d’immenses murailles noires suspendues au-dessus de ma tête : bientôt j’en aperçois la bouche, où s’élève le riant village de Takdicht : plus loin, on distingue, s’étendant à perte de vue, la plaine des Zenâga. A 9 heures et demie, j’arrive à Takdicht ; c’est la résidence d’Ạbd Allah d Aït Ṭaleb ; sa maison, tiṛremt aux tourelles de pisé découpé et couvert de moulures, rappelle les gracieuses demeures des environs du Dra. J’y suis bien reçu par Ạbd Allah : il ne me cache pas que j’ai eu un rare bonheur d’arriver jusqu’à lui avec une si faible escorte et des gens inconnus : si lui ou ses fils m’avaient rencontré en route, ils m’eussent, dit-il, indubitablement pillé. Maintenant que je suis entré dans sa maison et que je lui ai remis une lettre de S. Ạbd er Raḥman, il ne voit en moi qu’un hôte recommandé par son ami : je suis le bienvenu, et demain il me conduira en personne à destination.
8 avril.
Azdif. (Vue prise du chemin de Takdicht à Tazenakht.)
Croquis de l’auteur.
A 8 heures du matin, Ạbd Allah monte à cheval ; nous partons. Me voici traversant pour la seconde fois cette belle plaine des Zenâga ; rien à en dire de nouveau ; telle je l’ai vue dans sa portion orientale, telle je la retrouve ici : même sol uni comme une glace, excellente terre dont une partie est cultivée, dont la totalité pourrait l’être. Le talus qui borde la plaine à l’ouest est pareil à celui qui la limite à l’est : muraille de roche noire et luisante, perpendiculaire dans le haut, en pente adoucie et couverte de pierres vers le pied. Je passe auprès de plusieurs villages et qçars ; le plus remarquable est Azdif, où la résidence du chikh est une forteresse entourée de plusieurs enceintes, hérissée d’une foule de tours ; elle est en pisé, comme toutes les constructions des Zenâga, et ornée avec élégance. Je rencontre aussi plusieurs zaouïas. Mon zeṭaṭ me conduit jusqu’au delà des limites des Zenâga ; là s’arrête son pouvoir : sorti de sa tribu, sa protection cesse d’être efficace. Cependant il ne m’abandonne pas ; il fait honneur jusqu’au bout à la lettre de son ami : il m’amène à El Ạïn, va trouver S. Ḥamed ou Ạbd er Raḥman, marabout à qui appartient le qçar, lui demande une escorte pour moi, et ne quitte El Ạïn qu’après m’avoir vu partir pour Tazenakht accompagné par l’esclave de confiance de S. Ḥamed.
D’El Ạïn à Tazenakht, une seule chose à signaler : les régions pierreuses qui s’étendent au nord de l’Ouad Timjijt, et que j’ai trouvées nues il y a cinq mois, sont aujourd’hui couvertes de seboula el far. C’est pendant ce trajet que je fais la rencontre de l’Azdifi, racontée plus haut. A 4 heures, j’arrive à Tazenakht.
Sauf l’Azdifi, je n’ai vu sur la route aucun voyageur. Les principaux cours d’eau traversés sont : l’Ouad Tiouiin (lit, moitié sable, moitié gravier, de 20 mètres de large ; à sec ; berges de 0m,50 de hauteur) ; l’Ouad Timjijt (20 mètres de large ; lit de sable ; à sec).