4o Ṭriq Tilqit. — Il part d’Aït Ạbd Allah (Aït Seddrât), traverse le Khela Tilqit et débouche dans le Dâdes à Aït Aqqo ou Ạli (Zaouïa Sidi Dris) : deux jours de marche, sans sortir du désert. On franchit l’Ouad Tagmout à mi-route et on passe la nuit sur ses bords.

Ces chemins traversent tous quatre un vaste désert montagneux, la haute chaîne du Saṛro. Cette chaîne n’est autre que le Petit Atlas, auquel on donne ce nom à l’est de l’Ouad Dra. Si le Saṛro n’a pas d’habitants fixes, il a une population nomade assez nombreuse : Imeṛrân et Aït Seddrât y plantent leurs tentes et y font paître leurs troupeaux.

D’ici au Dâdes, ce sont les Aït Seddrât qui servent de zeṭaṭs ; j’ai profité du grand nombre d’hommes de cette tribu qui viennent ici au marché du jeudi pour m’entendre avec l’un d’eux : mon zeṭaṭ me prendra aujourd’hui, j’irai passer la nuit dans son qçar, et demain matin nous partirons pour le Dâdes.

Départ de Tamnougalt à midi. Je descends la vallée du Dra, en suivant la ligne des qçars, à la lisière des plantations. Le chemin, passant sur les premières pentes des flancs, est pierreux, parfois rocheux. Rien à ajouter à ce que j’ai dit de la vallée : toujours même largeur et même aspect. A 3 heures et demie, je parviens à la résidence de mon zeṭaṭ, Tiṛremt Ạli Aït El Ḥasen. C’est le terme de mon trajet pour aujourd’hui.

En route, j’ai traversé l’Ouad Dra (lit de sable de 150 mètres ; les eaux ont 60 mètres de large avec 90 centimètres de profondeur ; courant rapide).

21 avril.

Départ à 5 heures du matin. J’ai pour escorte mon zeṭaṭ et deux autres fusils. On franchit d’abord le Dra (70 mètres de large et 0m,80 de profondeur), puis on traverse sa vallée et on entre dans une plaine déserte : la haute chaîne du Kisan s’interrompt tout à coup, et une plaine s’étend à sa place au delà des plantations qui bordent le fleuve. Le Kisan reprend plus bas, longeant de nouveau l’ouad comme il le fait dans le Mezgîṭa ; il ne finit définitivement qu’à hauteur d’Ousṛeït, dans le Ternata. Chemin faisant, on voit très bien la chaîne, qui apparaît pendant quelque temps de profil : c’est une lame rocheuse isolée, s’élevant entre le Dra et une autre vallée, déserte et assez large, parallèle à la première ; elle a de l’analogie avec le Bani, mais est plus haute, plus large et de couleur comme de structure différentes. La base en est un talus, doux d’abord, de plus en plus raide ensuite ; les parties moyennes et supérieures sont une succession de murailles presque verticales s’étageant par gradins. Vers le sommet se trouvent des cavernes, œuvre des Chrétiens au dire des habitants ; on voit des restes de murs à leurs bouches. Cette portion du Kisan est une arête droite, commençant à hauteur d’Agdz, finissant ici. D’où je suis, on voit l’Ouad Dra couler longtemps encore dans la direction qu’il a depuis Tamnougalt. Tant qu’il la garde, le Kisan ne reparaît pas à sa gauche où succèdent à la plaine des collines sans élévation. Puis on distingue un coude très prononcé que fait le fleuve, dans le Tinzoulin, me dit-on. A partir de là, le Kisan renaît : on le voit de loin, dans une direction nouvelle, presque perpendiculaire à celle qu’il suivait ici, ayant même hauteur et même forme, et s’élevant immédiatement sur la rive gauche de l’ouad.

La plaine où je chemine a un sol pierreux ; des gommiers, de nombreuses touffes de melbina y poussent. Elle est bornée au nord par les premières pentes du Saṛro ; je me dirige vers elles : à 7 heures, je suis à leur pied ; de ce moment à celui où j’atteindrai l’Ouad Dâdes, je ne cesserai de marcher dans ce massif ; il se compose d’un haut plateau, de 2000 mètres d’altitude moyenne, auquel on parvient par une longue succession de côtes, tantôt pierreuses, tantôt rocheuses, reliées entre elles par des talus escarpés. Le plateau supérieur présente une vaste surface unie et verdoyante ; le sol, pierreux, sans une ondulation, y est couvert d’herbe fine. Là surtout campent les Aït Seddrât et les Imeṛrân ; j’y rencontrerai plusieurs groupes de tentes et des troupeaux de chameaux et de moutons. Les rampes qui y mènent forment une région très accidentée : des ravins profonds, aux flancs rocheux et escarpés, les coupent ; des vallées les sillonnent ; des arêtes, des pics les hérissent de leurs masses noires. Cette région, tourmentée et difficile, est d’ordinaire déserte. L’eau abonde dans le Saṛro. Je traverse, au fond de plusieurs ravins, des ruisseaux de 4 ou 5 mètres de large dont les eaux, claires et courantes, ne tarissent jamais ; point de rivières. La verdure ne fait pas défaut : non seulement le plateau supérieur en est couvert, les côtes douces, le fond et les premières pentes des vallées, sont en partie tapissés d’ḥalfa, de melbina, de seboula el far et d’autres herbages ; il existe des jujubiers sauvages ; au bord de l’eau apparaît le laurier-rose : il n’est pas jusqu’aux endroits les plus rocheux, flancs de ravins, surface de talus, où l’on ne trouve, poussant entre les fentes de la pierre, de petites herbes et des fleurs.

Vers 1 heure, j’atteins le plateau qui couronne le Saṛro ; à 3 heures, je fais halte auprès de quelques tentes d’Aït Seddrât. De la vallée du Dra à ce point, je n’ai pas rencontré un seul être vivant. La route, facile à la fin, a été pénible au commencement : il a fallu mettre pied à terre pour remonter l’Ouad Tangarfa, dont le lit, encombré de blocs de roc, forme un chemin difficile pour les animaux. A deux autres endroits, la marche a été retardée : à Chạba Ouin s Tlit et au profond ravin qui se trouve entre elle et le gîte.