Ni marché, ni Juifs sur leur territoire.

Les Aït Ioussi sont une tribu de montagne : ils possèdent à la vérité une grande plaine, la moitié de la vallée de la Mlouïa sur une longue étendue ; mais ils n’y descendent presque jamais : de loin en loin, on y voit apparaître quelques-uns de leurs douars ou de leurs troupeaux ; mais ils ne font que passer et bientôt regagnent les hauteurs. Tout le reste de leur territoire est montagneux ; les diverses chaînes qui le traversent sont nommées indifféremment Djebel Aït Ioussi. Les principales d’entre elles sont le Moyen Atlas et celle que nous appelons chaîne Oulmess-Ṛiata. On y remarque aussi le plateau montueux du Fezaz, qui sépare les Aït Ioussi des Beni Mgild.

Moyen Atlas. — Cette haute chaîne, dont nous avons vu au mois de mai presque toute la crête couverte de neige, commence au sud du Tâdla et se prolonge par les monts Debdou jusqu’aux Hauts Plateaux où elle expire. Dans sa portion comprise entre les Beni Mgild et la Mlouïa, on y remarque trois sommets principaux : à l’ouest, le Djebel Tsouqt, sur le territoire des Aït Ioussi ; à l’est, le Djebel Oulad Ạli (portant aussi les noms de Djebel Beni Ḥassan, de Djebel Tirnest et de Djebel Oulad el Ḥadj), occupé partie par de petits groupes isolés de Chellaḥa, partie par les Oulad el Ḥadj ; entre les deux, le Djebel Oumm Djeniba, dont le versant ouest est habité par les Aït Ioussi, le versant est par les Aït Tseṛrouchen. Entre le Djebel Tsouqt et le Djebel Oumm Djeniba, la chaîne est toute sur le territoire des Aït Ioussi ; du Djebel Oumm Djeniba au Djebel Oulad Ạli, le versant septentrional en appartient aux Beni Ouaṛaïn, le versant méridional aux Aït Tseṛrouchen.

Le chemin de Qçâbi ech Cheurfa à Fâs, par Sfrou, passe entre le Djebel Tsouqt et le Djebel Oumm Djeniba. Sur cette route se remarque la ḍaïa d’Ifraḥ, grand étang situé dans la montagne.

Chaîne Oulmess-Riata. — Commençant à l’ouest d’Oulmess, se continuant dans le Djebel Ṛiata et se prolongeant jusqu’en Algérie par les monts Beni Bou Zeggou et Zekkara, cette chaîne traverse le territoire des Aït Ioussi au nord de la précédente, à laquelle elle est à peu près parallèle. Entre les Aït Ioussi et la Mlouïa, elle appartient, le versant nord aux Ṛiata, le versant sud aux Beni Ouaṛraïn.

Fezaz. — C’est un plateau élevé, montueux, allant du Moyen Atlas à la chaîne Oulmess-Ṛiata ; sa direction est perpendiculaire à celle de ces deux chaînes entre lesquelles il est comme un trait d’union. Il forme limite entre les Aït Ioussi et les Beni Mgild.

AIT TSERROUCHEN. — Les Aït Tseṛrouchen sont une puissante tribu tamaziṛt composée de deux grandes fractions, l’une sédentaire, l’autre nomade. Les Aït Tseṛrouchen sont connus sous trois noms : on les appelle indifféremment Aït Tseṛrouchen, Mermoucha, et Oulad Moulei Ạli ben Ạmer ; ils se font donner ce dernier nom parce qu’ils prétendent descendre du cherif Moulei Ạli ben Ạmer qui serait leur souche commune[122].

Particularité rare, les deux fractions des Aït Tseṛrouchen vivent complètement isolées l’une de l’autre, sans aucune relation ensemble, leurs territoires séparés par d’autres tribus. L’une d’elles habite le versant sud du Moyen Atlas, la seconde le revers nord du Grand Atlas et le Ḍahra. Toute la vallée de la Mlouïa, avec ses vastes plaines et les tribus qui les occupent, les séparent. Ces deux fractions ne sont pas moins différentes de mœurs qu’isolées de territoires : la première est composée de montagnards sédentaires, la seconde de nomades. Nous allons les étudier l’une après l’autre.

Les Aït Tserrouchen du nord sont bornés : à l’ouest, par les Aït Ioussi ; au sud, par la plaine déserte, appartenant aux Aït Ioussi, qui forme la vallée de la Mlouïa de Qçâbi ech Cheurfa à Misour ; à l’est, par les groupes isolés de Chellaḥa qui, d’Almis à Feggouç, occupent les dernières pentes du Moyen Atlas, le long de la vallée de la Mlouïa ; au nord, par les Beni Ouaṛaïn : la ligne de faîte du Moyen Atlas forme frontière entre cette dernière tribu et les Aït Tseṛrouchen du nord. Ceux-ci sont donc entièrement cantonnés dans le massif montagneux que forme le versant sud du Moyen Atlas et que limite à l’est et au sud la vallée de la Mlouïa. Cette fraction est sédentaire et n’habite que des villages. Elle peut lever environ 2000 fusils. Point de Juifs sur ses terres.

Les Aït Tserrouchen du sud occupent le revers septentrional du Grand Atlas au nord des Oulad Khaoua, les deux versants de la chaîne à l’est de cette tribu, et une partie du Ḍahra. La plupart d’entre eux sont nomades ; cependant ils possèdent un certain nombre de qçars. Ces qçars sont : Azdad (5 qçars) et El Kaf, sur le revers nord du Grand Atlas, Taoura, non loin de Tanslemt, qui leur appartiennent en entier ; Zriouila, Ạïat, Tagenza, situés dans la même région, qu’ils habitent en commun avec d’autres tribus ; de plus ils résident dans la localité de Sạïda, dans le district de Qçâbi ech Cheurfa, et ont quelques individus dispersés dans les qçars de Beni Mesri.