On part à 5 heures du matin. Nous marchons dans un pays très montagneux : succession de ravins profonds et de talus escarpés ; chemins la plupart du temps difficiles ; une fois même, le sentier est si rapide qu’il faut mettre pied à terre. Sol rocheux, hérissé de blocs d’ardoise et entièrement boisé ; arbres élevés, serrés, formant une forêt épaisse ; beaucoup d’eaux courantes, bordées de lauriers-roses, de mûriers et parfois de vigne sauvage. Ainsi est la région où, tantôt montant, tantôt descendant, nous cheminons avec peine et lenteur jusqu’à 8 heures et demie. A cet instant, après avoir gravi une dernière côte, nous nous trouvons enfin au sommet du haut massif montagneux qui a commencé à l’Ouad Beht : un plateau le couronne, nous nous y engageons ; le sol y est un sable dur et nu semé de loin en loin de petits fragments d’ardoise ; dépouillé maintenant, il se tapisse, aux pluies printanières, d’une herbe verdoyante ; un grand nombre de sources et de ruisseaux limpides l’arrosent. C’est au milieu de ce plateau, appelé Oulmess, que nous faisons halte. Nous nous y installons, à 9 heures et demie, dans le douar des Aït Ọmar. Il y a plusieurs autres groupes de tentes dans le voisinage ; de grands troupeaux sont dispersés aux alentours : j’y remarque des chameaux, les premiers que je rencontre depuis Meknâs.

Aujourd’hui, en passant sur l’ạdjib[32] de Moulei El Feḍil, nous avons rencontré une fraction de tribu en voyage. Les bœufs, chargés des tentes et des bagages, marchaient au centre, en longue colonne ; les femmes les poussaient : derrière leurs mères étaient les enfants, les plus petits juchés par trois ou quatre sur le dos des mulets. Sur un des côtés cheminaient moutons et chèvres, conduits par quelques bergers. Les hommes, à cheval, formaient l’avant-garde et l’arrière-garde et veillaient sur les flancs. Les troupeaux étaient très nombreux ; il y avait surtout une grande quantité de bœufs.

1er septembre.

C’est aujourd’hui sabbat ; force est de passer la journée à Aït Ọmar. Ce douar est de tous points semblable à celui où je me suis arrêté chez les Zemmour : même air de richesse, même luxe de tentes, même quantité de chevaux. Les Zaïan, quoiqu’ils ne cultivent presque pas, sont loin d’être une tribu pauvre ; si leur pays produit peu de moissons, il nourrit des troupeaux immenses, chèvres, moutons, chameaux, chevaux, et surtout bœufs d’une taille remarquable : l’abondance des bêtes à cornes ne se trouve au Maroc que dans leur tribu : de là un commerce important et des gains considérables. Il y a toujours ici des agents de maisons de Meknâs occupés à acheter des peaux et des animaux sur pied ; ces derniers sont ensuite expédiés sur Tanger.

Les Zaïan sont nomades et de race tamaziṛt (chleuḥa). Ils forment une tribu très nombreuse, la plus puissante qu’il y ait au nord de l’Atlas. Leur territoire est borné par ceux des Zạïr, des Zemmour Chellaḥa, des Beni Mgild, des Ichqern et par le Tâdla.

Ils se composent de quatre fractions :

Beni Hessousen (campant du côté de Moulei Bou Iạzza ; ils peuvent mettre en ligne 3000 chevaux).

Aït Ḥarkat (campant du côté des Khanifra ; 6000 chevaux).

Ḥebbaren (campant du côté des Beni Zemmour ; 1000 chevaux).

Aït Sidi Ạli ou Brahim (campant du côté des Beni Mgild ; 8000 chevaux).