19 septembre.

Départ à 6 heures du matin. Je traverse l’Oumm er Rebiạ à un gué situé auprès du cimetière, et je marche droit vers le pied de la haute chaîne qui se dresse dans le sud. C’est la première des trois grandes arêtes dont se compose l’Atlas Marocain, celle que nous appelons Moyen Atlas. Elle n’a point de nom général parmi les indigènes : la portion que je vois d’ici est dite, à l’ouest, Djebel Beni Mellal, à l’est, Djebel Amhauch ; les flancs sont tantôt rocheux, tantôt terreux, en grande partie boisés : pentes fort raides dès le pied ; escarpements fréquents ; dans les vastes forêts le gibier abonde : à côté des perdrix, des lièvres, des sangliers, des singes, on y trouve le lion et la panthère. Tels sont ces premiers hauts massifs de l’Atlas, monts élevés et sauvages, au pied desquels s’arrêtent à la fois et la plaine et le pays du Tâdla. Là commence le territoire des Aït Seri, puissante tribu tamaziṛt qui couvre de ses villages et de ses tentes toute la chaîne qui est devant mes yeux.

Du lit de l’Ouad Oumm er Rebiạ au pied de la montagne, ce n’est qu’une large plaine, unie comme une glace ; pas une ondulation ; pas une pierre ; le sol est une terre brune : des champs le couvrent en entier et s’étendent à perte de vue ; des ruisseaux, à eau claire et courante, une foule de canaux, les arrosent : ce sont les cultures des Qeṭạïa, l’une des tribus du Tâdla. Au bout de deux heures de marche, nous nous engageons au milieu de leurs douars ; douars immenses et superbes, composés chacun de plus de 50 tentes, distants à peine d’un kilomètre les uns des autres : ils forment deux longues rangées qui s’étendent parallèlement au pied de la chaîne et se développent en lignes noires jusqu’à l’horizon. A l’entour paissent chameaux, bœufs et moutons, en troupeaux innombrables.

A 9 heures, nous arrivons au pied des montagnes : nous le suivons jusqu’au gîte. La contrée est enchanteresse : point d’heure où l’on ne traverse un cours d’eau, point d’heure où l’on ne rencontre un village, des vergers. C’est d’abord l’Ouad Derna, que nous franchissons au milieu des jardins de Tagzirt, bourgade que nous laissons à notre droite ; puis c’est Fichtâla, avec la célèbre qaçba de ce nom, si importante naguère. déchue aujourd’hui ; enfin c’est l’Ouad Foum el Ạncer avec Aït Sạïd. Nous nous arrêtons quelques instants à Fichtâla : de la qaçba, construite par Moulei Ismạïl sur le modèle de celle de Tâdla, il ne reste que des ruines imposantes ; le village actuel y est adossé : il n’a pas plus de 250 à 300 habitants. Ceux-ci ne comptent avec aucune tribu. Cet endroit est un petit centre à part, siège d’une zaouïa dont les chefs, qui sont en ce moment deux frères, Sidi Moḥammed Ech Cherif et Sidi Ḥasan, sont souverains absolus du lieu. Fichtâla est située sur les premières pentes de la montagne, parmi des côtes ombragées d’amandiers, au pied de grands rochers où une foule de ruisseaux bondissant en cascades tracent des sillons d’argent, au milieu de jardins merveilleux comparables à ceux de Tâza et de Sfrou.

Foum el Ancer et village d’Aït Sạïd.

(Vue prise du chemin de Foum el Ancer à Qaçba Beni Mellal.)

Croquis de l’auteur.