Séjour à Demnât. Cette ville est le siège d’un qaïd qui gouverne la province de Demnât ; celle-ci a pour limites : au nord, les Sraṛna ; à l’est, les Entifa et les Aït b Ououlli ; au sud, les pentes supérieures du Grand Atlas ; à l’ouest, les Glaoua et les Zemrân.

Demnât.

Demnât est entourée d’une enceinte rectangulaire de murailles crénelées, garnies d’une banquette et flanquées de tours ; le tout est en bon état, sans brèches ni portions délabrées. Trois portes donnent entrée dans la ville. La qaçba a son enceinte à part et est bordée de fossés ; ceux-ci, les seuls que j’aie vus au Maroc, ont 7 à 8 mètres de large sur 4 ou 5 de profondeur et sont en partie remplis d’eau. Au milieu de ce réduit, s’élèvent la mosquée principale et la maison du qaïd. Murailles, qaçba, mosquées, maisons, toutes les constructions de la ville sont en pisé ; rien n’est blanchi, sauf la demeure du qaïd et le minaret qui l’avoisine. Le reste est de la couleur brun sombre qui distingue les habitations depuis Bou el Djạd. L’intérieur de l’enceinte est aux deux tiers couvert de maisons, en bon état, quoique mal bâties. Le dernier tiers est occupé partie par des cultures, partie par la place du marché : point de terrains vagues, point de ruines ; en somme, air prospère. La population est d’environ 3000 âmes, dont 1000 Israélites ; ceux-ci n’ont pas de mellaḥ ; ils habitent pêle-mêle avec les Musulmans, qui les traitent avec une exceptionnelle bonté. Demnât et Sfrou sont les deux endroits du Maroc où les Juifs sont le plus heureux. Il y a d’autres rapprochements à faire entre ces deux villes, dont les points de ressemblance frappent l’esprit : même situation au pied de l’Atlas, à la porte du Sahara ; population égale, et composée d’une manière semblable ; prospérité presque pareille ; même genre de trafic ; même caractère doux et poli des habitants ; même ceinture d’immenses et superbes jardins. En un mot, ce que Sfrou est à Fâs, Demnât l’est à Merrâkech.

Partie occidentale de la ville et des jardins de Demnât. (Vue prise de la synagogue principale.)

Croquis de l’auteur.

Le commerce de Demnât est le suivant : les tribus de l’Atlas et du Sahara (Dâdes, Todṛa) viennent s’y approvisionner de produits européens et d’objets fabriqués dans les villes marocaines, tels que cotonnades, sucre, thé, parfumerie, bijouterie, belṛas ; elles y cherchent aussi des grains, mais en petite quantité : en échange, elles apportent des peaux, des laines et des dattes, que les habitants de Demnât expédient à Merrâkech. Ce commerce, florissant autrefois, a fait la richesse de la ville : il est en décadence depuis quatre ou cinq ans. A cette époque, le sultan envoya un amin d’une rapacité telle que le trafic ne fut plus possible : tout ce qui passait les portes de la cité était, quelle qu’en fût la provenance, frappé d’un droit arbitraire si élevé que bientôt les tribus voisines et les caravanes du sud désertèrent ce marché, et se portèrent en masse sur Merrâkech, où elles se fournissent à présent.

Demnât est entourée de toutes parts d’admirables vergers, les plus vastes du Maroc. Au milieu d’eux sont disséminés une foule de villages se touchant presque, qui forment comme des faubourgs de la ville. Ces jardins sont renommés au loin ; leur fertilité, leur étendue, la saveur et l’abondance de leurs fruits, les excellents raisins qui s’y récoltent sont légendaires.