Croquis de l’auteur.

Village d’Adreg et Djebel Siroua.

(Les parties ombrées des montagnes sont couvertes de neige.)

(Vue prise du marché de Tazenakht.)

Croquis de l’auteur.

Tazenakht est un gros village construit dans un site triste : au nord, s’étendent à perte de vue les solitudes pierreuses que traverse le chemin de Tikirt ; à l’est et au sud, un massif escarpé de roche noire et luisante, auquel la bourgade est adossée, ferme l’horizon ; c’est vers l’ouest que le paysage est le moins désolé : de ce côté, on aperçoit une portion de la plaine des Zenâga et au delà, se dressant sur un piédestal de montagnes grises, la haute cime blanche du Djebel Siroua. Au pied de Tazenakht est le lit de la rivière du même nom, presque toujours à sec. Cette année, au milieu de mon séjour, une nappe d’eau de 10 mètres y a coulé durant 24 heures : ç’a été une joie universelle, le présage d’une bonne récolte ; depuis quatre ans, on n’avait pas vu d’eau dans l’ouad ; depuis quatre ans, il y avait disette. Le village est bâti en long sur la rive droite de la rivière ; les habitations, en pisé, sont la plupart délabrées ; vers le centre, s’élève la demeure des chikhs, demeure vaste, mais simple, ne rappelant en rien les constructions élégantes de l’Ouad Iounil et d’Iṛels : celles-ci ont disparu par degrés à mesure que nous nous sommes éloignés du Dra. L’aspect de Tazenakht est triste ; on ne voit que maisons à demi démolies, pans de murs croulants ; les ruines occupent au moins les deux tiers de la surface. C’est l’œuvre de la famine ; quatre années de sécheresse ont produit ce résultat ; il y a quatre ans, vivaient ici 300 familles, moitié de Musulmans, moitié d’Israélites ; un grand commerce y apportait la richesse ; le khemîs, marché célèbre dans le Sahara entier, était le rendez-vous de toutes les tribus voisines : on y venait en foule du Sous, du Dra, du Telouet même et des Ida ou Blal ; depuis quatre ans, point d’eau, point de récoltes : les ressources se sont épuisées, les provisions ont manqué, il a fallu émigrer ; plus de la moitié des habitants a déserté. Aujourd’hui la population est réduite à 80 familles musulmanes et 55 juives. La décadence s’est mise en tout : le commerce est devenu à peu près nul ; le marché, si animé jadis, est désert. C’est la disette de grains dans les tribus voisines, surtout chez les Zenâga, qui a amené ce désastre ; car en aucun temps Tazenakht ne peut se suffire à soi-même : nous avons vu que le terrain qui l’environne est rocheux ; en outre, il est peu arrosé : le village est alimenté par des sources ; l’eau en est bonne et ne tarit pas ; mais si elle suffit à l’alimentation des habitants, elle est trop peu abondante pour irriguer la campagne. Aussi y a-t-il peu de cultures : de maigres plantations de maïs, d’oignons et de citrouilles, s’étendant le long de la rivière ; au milieu d’elles, des bouquets de trembles très clairsemés ; çà et là quelques figuiers, quelques cognassiers ; c’est tout ce qu’on voit de verdure à Tazenakht. Le climat est, me dit-on, très chaud en été, tempéré en hiver ; il tombe quelquefois de la neige, mais elle fond en touchant terre.

Ouad Tazenakht, au pied de Tazenakht. (Vue prise du mellah.)

Croquis de l’auteur.