Il faudra donc nous débarrasser de cet anthropomorphisme tel que je viens une fois de plus de le définir.

Ceci posé, je m’empresse de reconnaître, que, lorsqu’il s’agit d’animaux domestiques, et c’est ici le cas, ceux-ci ne nous facilitent guère une besogne déjà compliquée et scabreuse. Car la domestication leur fait adopter quantité de nos manières et même de nos manies.

Il n’y a pas que les romanciers, les poètes et les planteurs de choux à se plagier les uns les autres, parfois bien involontairement. L’imitation est une grande loi naturelle, une loi universelle, une loi générale ; et tout objet ou tout être pour qui cette loi resterait par hasard lettre morte serait considéré justement comme une anomalie, une monstruosité.

Chacun de nous, dans la vie courante, et tout aussi longtemps qu’il respire, regarde, écoute, touche, goûte et sent, chacun de nous est plagiaire sans qu’il s’en doute, un peu de la même façon que M. Jourdain était prosateur.

Qu’est-ce en effet qui saurait mieux qu’un miroir répondre à la définition du plagiaire ?

Or, tout homme, grâce aux modestes miroirs des sens par lesquels il reflète le monde, est le plagiaire partiel d’une réalité dont l’ensemble lui échappe.

Dieu créa l’homme à son image, dit la Genèse. Nous, nous nous créons et recréons perpétuellement à l’image de Pan, pourrait-on dire aussi.

L’une de ces formules est sacrée, l’autre profane ; mais, en fin de compte, toutes deux s’accordent et concordent admirablement.

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Traitant des dons d’imitation dont font preuve les bêtes, je ne m’attarderai pas sur ces phénomènes de mimétisme, aujourd’hui bien connus de tous, qui font le caméléon varier de teintes selon celles des lieux ou des heures où il promène sa pataude paresse, qui imposent à mon amie Zompette, la grenouille verte, de passer par toute la gamme des verts selon qu’on garnit son bocal de sombre laurier ou de pâle mimosa.