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Comme il est facile de le prévoir, en passant des animaux sauvages ou libres aux domestiques, on constatera un notable accroissement des facultés de plagiat, et, bien entendu, le modèle choisi par ces imitateurs résolus sera de préférence l’homme, le patron, le maître.

Non pas toujours, néanmoins.

Un de mes amis me contait l’hiver dernier que ses poules, dont il possède une fort remarquable collection, lorsqu’il les logeait dans l’enclos des pintades, ne tardaient pas à imiter l’allure et les manières particulières à celles-ci, comme si elles les avaient jugées plus imposantes ou distinguées.

Je me suis méfié un peu, cet ami étant Gascon, — comme moi-même, — mais j’ai constaté par la suite l’exactitude absolue de la chose et il est facile à n’importe qui d’en faire autant.

D’autre part, divers journaux ont mentionné il y a quelques mois une chatte allaitant et, par la suite, chérissant un rat blanc devenu le compagnon de jeu de ses fils.

Je savais de tels faits parfaitement possibles, les ayant expérimentés moi-même de la part de ma siamoise Nique, ainsi que je l’ai conté ailleurs[2], de Nique dont on trouvera plus loin la biographie détaillée. Si je parle ici de rats, c’est du reste pour cette seule raison que j’ai connu un autre rongeur, un lapin, qui, nourri, lui aussi, par une chatte et ayant grandi avec les chatons, ne procéda jamais par bonds, à la façon des autres Jeannots. Non !… Il s’insinuait d’une allure féline, avisée et réfléchie, le long des murs ou entre les caisses du vaste grenier qu’on lui avait assigné pour domicile, copiant ainsi les manières de ses frères de lait.

[2] La Chauve-Souris (A. Michel).

5

Quand c’est le bipède prétendu supérieur que plagient les animaux familiers, cela se dénomme singerie ; mais, comme nous venons de le voir, on aurait tort de croire que la singerie est le fait des seuls singes. Il y a dans les Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet une bien jolie phrase à propos de deux très vieux époux : « Chose touchante, ils se ressemblaient… » Encore cette grande loi naturelle de l’imitation, ou, pour mieux dire, du modelage réciproque, dont l’individualisme humain atténue maintes fois les effets, mais auquel se prête beaucoup mieux la plasticité animale… Qu’on me permette de revenir ici sur tels souvenirs d’enfance que j’ai utilisés déjà dans ma préface : le boucher du coin possédait un dogue bordelais, la modiste d’en face une levrette ; celle-ci allait et venait d’un trottinement dansant, un peu prétentieux, faisant mille coquetteries ou minauderies en l’honneur de tout et de rien ; celui-là demeurait assis de longues heures sur le seuil de son patron, les babines retroussées sur ses crocs féroces, le gosier grondant, les prunelles sanglantes…